immortelle randonnée

Vous commencez à me connaître… Je suis particulièrement sensible à la plume de Jean-Christophe RUFIN ! C’est donc avec  beaucoup de plaisir que j’ai pris possession du dernier livre publié (merci à celle qui a eu la délicatesse de me le prêter, elle se reconnaîtra j'en suis sûre !).

Il ne s’agit pas d’un roman mais d’un essai dédié au Chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Et là, attention, âmes sensibles, s’abstenir !!! La plume est acide, caustique, humoristique certes mais ceux qui sont visés par le propos en prendront pour leur grade… J’ai retrouvé la même force que dans « Le Piège humanitaire – Quand l'humanitaire remplace la guerre » publiée en 1986, Monsieur RUFIN ne prend pas une ride !

Donc, Jean-Christophe RUFIN, Académicien, décide de prendre la route et de rejoindre Saint-Jacques de Compostelle. Muni de sa credencial (le passeport du pèlerin qui atteste de son passage aux différentes étapes du parcours et lui offre un peu de repos dans les refuges espagnols), le voilà parti ! Mais, Monsieur RUFIN aime la solitude, alors, pour se protéger un peu du sentier de grande randonnée, il choisit l’itinéraire le plus au nord de l’Espagne, celui qui passe par les montagnes des Asturies et de Galice, le moins connu (et qui le restera peut-être encore longtemps !!!).

L’auteur nous relate son parcours, la légèreté des premiers jours, et puis, les premières blessures, les premières pluies et les vêtements mouillés, la cohabitation dans les refuges avec des individus répugnants, les premiers doutes, les sites qui ne présentent aucun intérêt touristique, ceux qui parcourent le Chemin, motorisés !

« C’est à eux, visiteurs solvables, que s’adresse principalement l’offre de babioles de boutiques de souvenirs. Ces touristes venus en avion ou en car n’ont en effet d’autre ressource, pour attester le leur éphémère qualité de pèlerin, que d’acheter quantités d’objets qui prouveront leur passage à Saint-Jacques. » Honte sur eux, le Chemin (vous avez remarqué le grand C) se respecte, il se mérite.

Toute la différence entre le randonneur du dimanche et le pèlerin repose dans la distance. Plus elle est longue, plus elle laisse la place à la réflexion, la méditation...  Il y a bien sûr la connotation religieuse du Chemin mais le raccourci serait trop hâtif…  «  […] Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il ôte toute vanité de l’esprit et toute souffrance du corps, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience ; il met le moi en résonance avec la nature. »

Mais avant de profiter des bienfaits du Chemin, les efforts sont nombreux, l’homme est éprouvé : « Un homo erectus mais d’une variété particulière : celle qui marche. Minuscule dans l’immensité du Chemin, je n’étais ni moi-même ni un autre, mais seulement une machine à avancer, la plus simple qui se pût concevoir et dont la fin ultime autant que l’existence éphémère consistaient à mettre un pied devant l’autre. » Ce propos fait écho à une réalité que j’ai personnellement vécue en 2012 et je puis vous assurer de sa véracité…

Voilà ce que je retiendrai de ce livre : le Chemin peut être une véritable révélation humaine mais à une condition, y être bien préparé. Gare à ceux qui, un dimanche, entouré d’amis tous les plus attentionnés les uns que les autres, prend le pari de le parcourir !

Si vous aimez Rufin, lisez-le !

Annie