L'Antre des mots

11 mai 2012

Compartiment pour dames de Anita NAIR

Compartiment pour dames

 

Akhila  45 ans, est célibataire.

A la mort de son père elle avait dix-sept ans, elle a sacrifié toute sa vie à ses frères et sœur, en les assumant financièrement pour leurs études et leur mariage.

Mais notre héroïne n’en peut plus…elle fait le point sur sa vie qu’elle a l’impression de ne pas avoir vécue et une question lui revient sans cesse : « une femme a-t-elle besoin d’un homme pour se sentir épanouie ? »

« Akhila se disait que ce qu’elle voulait le plus, c’était une identité qui lui soit propre .La fille de…la tante de…la belle sœur de…elle aurait aimé qu’enfin on la considère comme une personne à part entière. »

Pour pousser sa réflexion sur le sens de sa vie elle décide de partir vers le sud de l’Inde.

Dans le train, elle fait connaissance de ses compagnes de voyage, des femmes de tout âge et tout horizon, réelles témoins de la société indienne contemporaine.

Le temps du trajet, dans le compartiment pour dames les confidences des unes et des autres aideront Akhila à prendre enfin le contrôle de sa vie. 

Mon avis 

Ce livre m’a intéressée car il illustre tout à fait la difficulté de la femme indienne à faire sa place dans la société.

Déjà façonnée par une éducation qui place l’homme au centre de l’ordre établi, la femme indienne doit en plus se soumettre aux règles imposées par sa caste, notamment le mariage arrangé.

 Si Akhila a échappé au sort de la majorité des femmes dont le seul destin est le mariage elle rêve de vivre comme elle l’entend sans retenue, ni peur du blâme.

« elle avait découvert depuis longtemps qu’on réservait aux femmes qui avaient des opinions le même sort qu’aux mauvaises odeurs. On les fuyait »

Son voyage et le témoignage de ses compagnes lui entrouvrent enfin  les portes de la liberté vers un monde nouveau.

Elise

 

 

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06 mai 2012

Le crépuscule irlandais d'Edna O'Brien

 

 

C’est sans doute le livre le plus autobiographique d’Edna O’Brien qui se penche sur  la relation mère-fille. Il alterne le point de vue de Dilly, la mère qui entre à l’hôpital pour se faire soigner et celui d’Eléonora, sa fille absorbée par  une brillante  carrière d’ écrivain et  prise dans le tourbillon d’une vie tumultueuse. Dilly se sent abandonnée par cette fille qui bien que se souciant  de son confort matériel a trop à faire pour lui consacrer du temps ; elle attend ses visites et « arpente » ses souvenirs. Apparemment tout oppose ces deux femmes,  mais en  faisant un  long retour sur le passé, Eléonora  va découvir que cette mère dont l’existence lui a semblé  si « ordinaire » a elle aussi, à une époque, su faire preuve d’audace et de témérité en embarquant pour les Etats-Unis à la découverte de ce  nouveau Monde que tant d’émigrés avaient idéalisé. Cette échappée loin de l’Irlande était le signe d’un désir d’autre chose, d’une autre vie même si  Dilly, après avoir respiré un petit air de liberté  a dû reprendre le chemin du pays natal et se résigner à  une vie sans remous, austère, difficile à laquelle elle avait rêvé d’échapper. On découvre donc  chez la mère la trame ténue de ce qui s’exprimera au grand jour chez la fille : celle-ci ne connaît pas la résignation ; son vital besoin d’indépendance  lui fait très tôt quitter l’Irlande, ce « pays » qui ne peut que la condamner pour son esprit d’indépendance, sa liberté de pensée qu’elle exprime dans ses écrits jugés  « scandaleux » et ses mœurs si peu conformes aux codes en vigueur dans l’Irlande catholique.

C’est un livre fort sur le lien mère-fille, où l’amour maternel triomphe finalement de toutes les incompréhensions mutuelles, de tous les non-dits et des  jugements portés sur les comportements d’Eléonora.. On sent chez  Dilly une vraie fierté (intériorisée) vis-à-vis de sa fille qui a bravé  beaucoup plus qu’elle n’a jamais pu le faire  les idées reçues sur la façon dont il faut conduire sa vie pour être quelqu’un de respectable. Mais Dilly reçoit quand même durement toutes les attaques que son entourage  porte sur cette   fille si peu conventionnelle : « les gens d’ici disent qu’ils vont engager des poursuites contre toi parce que tu les mets dans tes bouquins, et que les morts ils engageraient des poursuites contre toi s’ils étaient vivants » écrit Dilly à sa fille.

 

Ce  qui force l’admiration chez Edna O’Brien c’est son acharnement à ne jamais faire de concession ; elle suit son chemin comme elle l’entend sans se soucier de  toutes les marques d’hostilité  que son œuvre a provoqué dans son milieu d’origine ; mais au fil de ses livres transparaissent son attachement et son appartenance à ce milieu  avec lequel elle a dû faire rupture pour se libérer de toutes ses pesanteurs. Quand son premier livre est paru en 1960 les gens dit-elle « ont crié au scandale car ils ont été pris par surprise. Ils ont pensé que je les avais trahis ».

Elle a un vrai talent d’écrivain : son écriture alterne le lyrisme lorsqu’elle « s’empare » de la  nature qu’elle regarde à la façon d’un peintre naturaliste et le style familier lorsqu’elle nous fait approcher de ses personnages.

 

Annie du B.

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05 mai 2012

Une femme dans la tourmente de Nora ROBERTS

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Roman Policier

Résumé

"Un hurlement de terreur monta du plus profond d'elle-même. Caché derrière un masque, son agresseur appuyait la lame d'un couteau sur sa gorge. Une lame qui glissa bientôt traçant un fin sillon rouge sang sur sa peau..." L'agression, aussi brutale qu'inexplicable, est un traumatisme pour Miranda Jones, une historienne d'art de réputation internationale. Et le cauchemar ne fait que commencer : bientôt, une célèbre statue est dérobée dans l'institut qu'elle dirige, tandis qu'un message anonyme plein de haine lui annonce la fin de sa prestigieuse carrière. Cette menace devient réalité lorsque Miranda voit ses compétences remises en cause à plusieurs reprises. Œuvres volées ou falsifiées, analyses erronées : dans l'ombre, son mystérieux ennemi s'acharne à saboter son travail, sans lui laisser le moindre répit. Jusqu'au jour où la jeune femme découvre l'un de ses assistants assassiné et comprend que, cette fois, ce n'est plus seulement sa carrière, mais bel et bien sa vie qui est en jeu...

A propos de l'auteur :

Avec plus de 400 millions de livres vendus dans 34 pays, Nora ROBERTS est l'un des auteurs les plus lus dans le monde. Prolifiuqe, elle fascine pas ses multiples facettes : explorant tous les registres du suspense et du thriller, elle possède comme nulle autre le sens du détail juste et de la vérité des personnages, mais aussi une richesse d'imagination et une nervosité d'écriture qui l'ont rendue mondialement célèbre.

Classée n° 1 sur la liste des meilleures ventes du New York Times.


Mon avis :

Miranda est une brillante historienne et scientifique, dont les analyses sont mondialement réputées, elle apporte les preuves pour savoir si une oeuvre est un vrai ou un faux. Toute sa famille travaille également dans le milieu de l'art : son frère, sa mère, son père, son ex belle-soeur. Son frère Andrew et elle dirigent un musée-école et leur mère est responsable d'un laboratoire très réputé d'analyses d'oeuvres d'arts à Florence en Italie, son père s'intéresse essentiellement à l'archéologie. Une célèbre statuette est découverte en Italie par un plombier et Elisabeth, la mère de Miranda lui ordonne de venir sur le champ à Florence pour déterminer si l'oeuvre est bien la vraie ou une copie. Tout bascule quand l'expertise de Miranda est remise en cause, menaçant sa carrière et la réputation du labo de sa mère. Mais la jeune femme est sûre de ne pas avoir commis d'erreurs ! Et comme les mauvaises nouvelles n'arrivent jamais seules, une statuette est dérobée dans son musée. Les relations mère/fille déjà très distantes s'en trouvent encore plus égratignées.

Cependant, Miranda va faire la connaissance de Ryan mais leur rencontre est loin d'être fortuite.


Ryan Boldari est officiellement directeur de galerie d'art mais officieusement, c'est un voleur de haut niveau qui dérobe des objets d'arts pour de riches clients. Il n'éveille pas les soupçons grâce à son métier de galeriste et peut ainsi faire des repérages. Le jour où il dérobe une statuette dans le musée que dirige Miranda et son frère, les choses vont se gâter, autant pour lui que pour la jeune femme !

Entre Le Maine en Amérique et Florence en Italie, une intrigue rebondissante va nous tenir en haleine tout au long des pages de ce roman policier. L'histoire est originale et bien ficelée.  Attention toutefois, si vous lisez la première ligne de ce livre, vous ne pourrez plus le lâcher jusqu'au point final !!! Exaltant.

Cécé

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Le secret d'Anna Enquist


Extrait de la 4è de couverture
…. Mélancolique et passionnée, cette confession à la troisième personne parle de la puissance de la musique face à la vanité du langage, de la faiblesse humaine et du grand chagrin, de l’amour fou et du Concerto italien de Bach.
_______
« Autrefois elle ne pensait jamais, en tout cas pas en mots, comme les autres. Elle avait toujours des sons en tête…. Ses pensées musicales étaient plantées perpendiculairement au réseau de paroles tissé par les autres. »


Je ne suis pas objective quand la littérature crochète avec la musique (Prodige de N. Huston, Conversation avec le maître de C. Wajsbrot, Les tendres plaintes de Y. Ogawa, Le violon d’Auschwitz de M.A.Anglada). C’est un mélange qui ne me déçoit jamais car les sensations dépeintes me sont inaccessibles (je ne suis pas musicienne), excepté le temps de la lecture du livre.


« Dora mène avec lui la conversation qui n’est pas possible en paroles. Elle ne pense plus à son professeur, ni aux effluves de jalousie qui émanent de ses condisciples, ni à ses parents assis au dernier rang. Elle se coule dans la mélodie de Lucas, elle prend la parole et force l’orchestre à l’écouter. »


Le secret ? Il est suggéré à la fin du roman et explique pourquoi Dora a laissé la musique diriger sa vie, au mépris d’une vie de femme, d’épouse, de mère.


A. Enquist est poète, romancière et elle exerce une activité de psychanalyste. Son métier transpire dans ses livres où se glissent des silences actifs, qui donnent des indices sur les choix de vie de Dora, pianiste, mais aussi des silences passifs, qui reflètent la mort.


p. 193 le chef d’orchestre à Dora :
« Vous et moi n’avons pas besoin de nous parler…..Je ne m’y attendais pas. Vous m’avez touché. Je vous remercie »

Choisir un auteur au Salon du livre est impossible, c’est le livre qui vous fait de l’œil ou une lectrice avertie de l’Antre des mots guide votre choix. Quelle chance ! Merci.
mjo

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02 mai 2012

Brune – Nicole AVRIL

Brune

Dans ce roman Nicole AVRIL rend  un témoignage  vibrant du parcours de Flora Tristan, femme d'exception (1803-1840). Une vie courte,  certes, mais très dense pendant laquelle elle marquera les esprits, et pas des moindres,  André BRETON notamment  dit à son propos : « il n’est peut-être pas de destinée féminine qui, au firmament de l’esprit, laisse un sillage aussi long et aussi lumineux ».  De qui s’agit-il ?

C’est avant tout une femme de tempérament (une brune) qui s’embarque à l’âge de 30 ans pour le Pérou (Arequipa exactement) afin d’obtenir la reconnaissance de sa famille paternelle mais aussi la succession de son père. Elle est plutôt bien accueillie tant qu’elle ne cherche pas à faire valoir son héritage. Son oncle, exécuteur testamentaire et légataire universel du défunt renie ses droits car Brune est une « Bâtarde». En effet, le père de Flora, issu de cette noble famille péruvienne a commis l’imprudence de ne jamais épousé civilement sa mère et la négligence de ne pas reconnaître sa fille. Lorsque celui-ci décède en juin 1807, s’en suivent des difficultés financières pour la mère qui n’a pu donner à sa fille l’éducation qu’elle espérait.

Cette situation conduit Flora a épousé André Chazal, graveur, chez qui elle est employée comme coloriste. Celui-ci  se découvre sous son vrai jour : joueur, alcoolique et violent… Lorsque Flora le fuit elle est enceinte d’Alice, la future mère de Paul Gauguin.  Cet homme tentera même de porter atteinte à ses jours.

Quand Flora revient du Pérou, elle se rend à Londres à l’heure de la révolution industrielle et compare la pauvreté des ouvriers, leurs conditions de travail à celles des esclaves. Ceux du Pérou ont laissé sur elle une empreinte profonde alors que Simon Bolivar avait abolit l’esclavage 10 ans plus tôt.

Elle va se mettre à lire beaucoup et à écrire :

- En 1835, Nécessité de faire un bon accueil aux femmes étrangères,
- En 1837,  Pérégrinations d’une paria,
- En 1843, l’Union ouvrière dont elle assure la promotion par un tour de France...

Elle sera par ailleurs de tous les combats, l’abolition de la peine de mort, le droit des femmes à divorcer. Classée comme écrivaine sociale, elle a connu Proudhon, été en contact avec Fourier, Karl Marx la cite dans un ouvrage.

Considérée comme une des premières féministes elle écrira : « l’affranchissement des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. L’homme le plus opprimé peut opprimer un être, qui est sa femme. Elle est le prolétaire du prolétaire même ».

Brigitte.

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01 mai 2012

Les filles de l'ouragan de Joyce Maynard

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Les filles de l'ouragan – Joyce Maynard

 

Ruth et Dana sont deux enfants nés le même jour – 4 juillet 1950 – dans deux familles que tout sépare.

Ruth Plank vient d'une famille rurale et conservatrice, installée dans une ferme depuis des générations. Sa mère puritaine du New Hampshire élève ses filles et son père cultive la terre et élève les animaux.

Dana Dickerson est née dans une famille bohème. Sa mère artiste et son père instable brinquebalent les siens,  au gré de ses lubies, d'un bout à l'autre des Etats-Unis. 

Cette année-là, les Dickerson ont fait escale dans le New Hampshire et les deux mères de famille donnent naissance la même nuit à Ruth et Dana.

Afin de maintenir le lien entre les deux sœurs d'anniversaire, les familles décident de se retrouver une journée par an. La famille Plank fera d'ailleurs de longs voyages pour rendre visite aux Dickerson.

 

« Les filles de l'ouragan » est une narration à deux voix qui égrène 50 ans de l'existence de Ruth et Dana. Chaque chapitre est un fragment de vie intimiste qui s'articule autour de la grande Histoire des Etats-Unis. Les évènements historiques sont effleurés mais donnent au récit rythme et profondeur et ancrent le destin des personnages dans l'histoire d'une nation.

Joyce Maynard s'attache aux valeurs et fondements américains (puritanisme, amour de la terre, liberté d'entreprendre...) et aborde de nombreux thèmes, tous traités avec intimisme et pudeur. 

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman à deux voix au rythme entraînant dont l'écriture fluide et sensible est très agréable. L'ellipse, au rôle important, renforce la pudeur tout en contribuant au rythme.

Les lectrices averties auront sans doute compris qu'un secret lie le destin de Ruth & Dana. Leurs destins vont se frôler pendant des décennies mais finiront par se croiser. Ce secret n'est pas très difficile à deviner mais là n'est pas l'intérêt de ce roman.

 

Ingrid

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28 avril 2012

LES FILLES DE LA CAMPAGNE - EDNA O'BRIEN

 

 

 

 

C’est le premier livre d’Edna O’Brien publié en 1960 ;  un pavé dans la mare de l’Irlande catholique , moralisatrice,  intransigeante pour tout ce qui concerne les  mœurs et le  sexe, surtout quand il s’agit des femmes.

Kate et Baba sont deux amies toutes deux issues d’un village plein de tourbe,  d’humides pâturages et d’ennui. Kate vient d’un milieu modeste. Elle  perd sa mère tendrement admirée  dès son adolescence et se retrouve seule avec un  père alcoolique : une charge plus qu’un soutien. Le père de Baba est vétérinaire et sa famille jouit d’une certaine aisance. Baba ne peut se passer de l’amitié de Kate sur laquelle elle exerce cependant  une domination parfois cruelle. Elles vont poursuivre leurs études comme pensionnaires  dans un austère  couvent. Rapidement Baba l’insolente, ne supportant pas la discipline imposée,  fait scandale, entraînant Kate dans son  fracassant renvoi.

Elles s’échappent vers Dublin, lieu fantasmé de tous les possibles. Elles ont leur jeunesse, une   candide fraîcheur pour Kate et une audace frondeuse  pour Baba.… elles vivent  de petits boulots, logent dans  une pension et partent à la conquête de la gente masculine, espérant rencontrer quelques compagnons susceptibles  de les sortir agréablement de leur quotidien un peu morne en attendant le « bon parti », celui qui leur ouvrira un avenir radieux ! . Même si leurs espoirs sont le plus souvent déçus, leur rêve reste intact ; elles dépensent  leur maigre salaire en toilette et maquillage, toujours prêtes à conquérir le monde..

Kate fait la connaissance d’Eugène Gaillard, substitut de père, (il est beaucoup plus âgé qu’elle). Avec lui elle va vivre un bonheur accompli jusqu’à ce que le romantisme exacerbé de Kate  s’affronte à l’autorité ombrageuse d’Eugène qui supporte de plus en plus mal ses larmes et  ses états émotifs à répétition. Baba, elle, va épouser un homme frustre, vraie caricature du  parvenu  pour qui l’argent compense le manque d’éducation, mais  Baba s’accommode de cet homme qui lui permet une vie luxueuse et ferme les yeux sur ses écarts de conduite. Les deux amies continuent à se voir de temps en temps mais leurs chemins ne vont pas dans la même direction.

Ce roman captivant, très réaliste   nous fait suivre l’itinéraire de deux femmes que tout oppose. L’une, idéaliste, en  recherche de l’Amour absolu  ne récoltera en fin de compte que frustration ; l’autre, intrépide, fougueuse et volontiers irrévérencieuse  n’a que l’argent  pour ambition et mettra toute son énergie à atteindre son but , mais pour les deux, les espoirs de jeunesse s’évaporent  avec le temps ; après les folles entreprises pour se « caser » comme il faut,  l’âge de la maturité apporte  son lot de désillusions.

C’est un livre qui nous interpelle en tant que femmes, car il parle sans tabou de la sexualité féminine, ce qui était honteux à l’époque surtout pour des « filles de la campagne ». Il nous dit aussi combien il est difficile pour des jeunes filles, dans cette société misogyne refermée sur ses traditions, de se libérer de ce carcan moral et religieux  et  prendre sa vie en main. Les deux personnages nous sont proches dans leur quête respective d’émancipation, quête plus  éprouvante pour Kate car il y une vraie   dissonance entre son rêve et sa réalité.

L’écriture fluide de ce livre nous emporte dans un mouvement romanesque qui court sans faiblir sur plusieurs années. Edna O’Brien maîtrise aussi bien la forme que le fond. Il y a de belles impressions poétiques sur la nature sauvage de l’Irlande, sur les fleurs et les paysages chers à l’auteur. C’est souvent le point de vue de Kate que l’on partage  mais c’est parfois Baba qui nous parle avec son « foutu » franc parler ; cela donne quelques pages savoureuses, car Baba a le sens de l’humour et la métaphore d’une drôlerie  irrésistible!…

Un livre fort et dense et finalement pas si décalé que cela dans le temps.

PS : « Les filles de la campagne » a fait scandale à sa sortie. Il  fut interdit en Irlande et même brûlé ! Edna O’Brien a quitté (ou fui) sa terre natale  pour Londres.

 

Annie du B.

 

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24 avril 2012

Les souvenirs David Fenkinos

Les souvenirs            David Foekinos

Editions  Gallimard  2011

 

 

 En 68 paragraphes d’inégales longueur, le narrateur égrène ses souvenirs ou ceux qu’il prête à des personnages de son récit ou à des personnalités comme Serge Gainsbourg ou Francis Scott Fitzgerald, ou Patrick Modiano….

C’est toute une époque qui se mêle à l’intimité de la sienne. Le narrateur a des velléités d’écriture : c’est pour cela qu’il tient la permanence d’un hôtel parisien, la nuit ; c’est aussi ce qui séduit celle qui deviendra sa femme. La famille, les deuils, l’absence de liens véritablement assumés tient une grande place et nourrit la mélancolie du narrateur.

Il y a aussi certains souvenirs qui guérissent de cette mélancolie : ainsi l’échappée belle de la grand-mère placée en maison de retraite et que son petit-fils, le narrateur retrouve à Sainte-Adresse (sic).

Elle vit une journée de nouveau sur les bancs de cette école, rencontre une de ses anciennes condisciples  et ayant renoué avec ce passé, s’abandonne au présent.

« Vous êtes si belle que je préfère ne jamais vous revoir » c’est avec cette phrase que le père du narrateur a abordé sa mère et c’est sur ce déséquilibre entre le désir et la peur de ne pouvoir le réaliser que se fonde toute l’approche humaine et littéraire de cet auteu

 

Anne

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La liste de mes envies Grégoire Delacourt

La liste de mes envies                        Grégoire Delacourt

 

 

Editions JC Lattès   2012-04-24

Jo, c'est-à-dire Jocelyne  Guerbette, née et installée à Arras, mariée à Jocelyn Guerbette entame son récit alors qu’elle a 47 ans  et déclare p 27 :

« moi, mes rêves, ils se sont enfuis »

Le retour en arrière qui constitue ce roman propose une vie de femme ordinaire, un parcours très commun avec espoirs et désillusiions ; mais aussi une finesse , une attention au quotidien , une capacité de résilience qui font que cet « ordinaire » devient vital et extraordinaire que chacune des « envies » n’est que le moteur  pour l’avenir ; avenir qui se construit, non dans la médiocrité mais dans le tissage patient des jours.

Or, cette vie risque d’être bouleversée par ‘argent gagné au loto : que faire de cette somme : 18 547 301 euros et 28 centimes

 Jocelyne décide de cacher le chèque et de réfléchir à ses besoins et à ses envies, elle en conclut que rien de ce qui pourrait la satisfaire ne peut s’acquérir par des biens matériels et que tout risque au contraire de s’écrouler si cet argent intervient dans son quotidien.

Cela ne lui rendrait pas la vie de Nadège son enfant mort-né, ni la conscience disparu de son père, ni sa mère trop vite disparue…

Les liens qu’elle a établis sur son blog de mercière artiste sont d’une autre nature  que celle de la notoriété  fracassante des vedettes …

 Or elle comprend que son mari a découvert le chèque (une seule lettre séparant leurs deux noms) et l’a volée….

 

 Anne

 

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Journal d'un corps Daniel Pennac

Journal d’un corps

                                            Daniel Pennac  

Editions Gallimard  2012

 

Ce journal –chronique de toute une vie est légué par le narrateur à sa petite fille « Lison »  (prénom prédestiné  pour   la lectrice désignée par son grand-père afin qu’elle pénètre dans l’intimité de la vie la plus proche de la matière-corps observé, ressenti, maîtrisé, évalué par l’esprit du narrateur. C’est même cette distinction-celle qui fait que l’on se sait mortel qui nous sépare de la matière inerte ou celle de la vie privée du langage articulé de la parole ; c’est cette distinction qui autorise ce qui peut paraître à notre époque soi-disant libérée la manière la plus crue et la plus vraie de «  parler de soi »

 Pennac pourrait reprendre l’audacieux préambule de J-J Rousseau dans les Confessions ; mais il s’en garde bien….

 

Dans le préambule de son journal, voici ce que le narrateur déclare à Lison :

« Le corps est une invention de votre génération, Lisons. Du moins quant à l’usage qu’on en fait et au spectacle qu’on en donne. Mais pour ce qui est des rapports que notre esprit entretient avec lui en tant que sac à surprises et pompes à déjections, le silence est  aujourd’hui aussi épais qu’il l’était de mon temps.

Si on y regardait de plus près on constaterait qu’il n’y a pas plus pudiques que les acteurs pornos les plus déculottés ou les artistes du body art les mieux décortiqués. Quant aux médecins, ceux d’aujourd’hui, c’est bien simple, ils ne le touchent plus .Ils n’en ont, eux, que pour le puzzle cellulaire, le corps radiographié, échographié, scanné, analysé, le corps biologique, génétique, cellulaire moléculaire, la fabrique d’anticorps. Veux-tu que je te dise ? Plus on l’analyse, ce corps moderne, plus on l’exhibe, moins il existe. Annulé à proportion de son exposition.

C’est d’un autre corps que j’ai, moi, tenu le journal quotidien ; notre compagnon de route, notre machine à être »

 De septembre  1936 à  au 29 octobre 2010,  c’est de manière très humble, précise et distanciée qu’il narre par le menu la vie qui bat, se débat par ses organes. Apparaissent  évidemment au fil du texte, ceux et celles  qui encouragent ou découragent cette existence du corps, en premier lieu pour cette catégorie, sa propre mère…

Mais il y a le père trop vite disparu emporté par les gaz asphyxiants de la première guerre-celui-ci saura lui donner quelques leçons de vie en se moquant de la mort si proche, Violette, le substitut maternel dont l’énergique tendresse va compenser une mère si lointaine  et Dodo le double de lui-même, frère inventé qui lui permet d’accéder à l’autonomie par cette affabulation d’une fratrie….enfin, il y a Mona, l’épouse qui l’accompagnera durant toutes ses années d’adulte et de vieillard ……..et c’est sans aucun filtre entre lui et la page que Le narrateur se livre et se délivre par ses comptes-rendus dans lesquels l’ « humaine condition »  se reconnaît si exactement…

Pour un lecteur ou une lectrice qui a passé la cinquantaine, c’est véritablement troublant de se remémorer en lisant ce « Journal d’un corps » les émotions et les blessures du sien, d’envisager également les déchéances inéluctables de l’âge………..

La langue est également simple, exacte, savoureuse : quelques exemples :

13 ans ,4 mois, 7 jours     mercredi 17 février 1937

Cataplasmes, gargarismes, badigeon, repos, oui, mais le meilleur des remèdes, c’est de me rendormir dans l’odeur de Violette. Violette est ma maison. Elle sent la cire, les légumes, le feu de bois, l’eau de javel le vieux vin, le tabac et la pomme. J’entends tourbillonner ses mots au fond de ma poitrine et je m’endors. Au réveil, elle n’est plus là, mais son châle me couvre toujours. C’est pour que tu ne te perdes pas dans tes rêves mon petit gaillard. Les chiens perdus reviennent toujours  au vêtement du chasseur.

 

28 ans, 3 mois, 17 jours   Dimanche 27 janvier 1952

Devenir père, c’est devenir manchot. Depuis un mois je n’ai plus qu’un bras, l’autre porte Bruno. Manchot du jour au lendemain. On s’y fait.

 

55 ans, 4 mois, 21 jours      samedi 3 mars 1979

Certains changements de notre corps me font penser aux rues qu’on arpente depuis des années. Un jour un commerce ferme, l’enseigne a disparu, le local est vide, le bail à céder et on se demande ce qu’il y avait là auparavant, c'est-à-dire la semaine dernière.

 

 Anne

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