La conversion d'un as du bistouri, peu habitué à être aux petits soins pour ses patientes. Fourmillant et juste.

C'est un livre écrit à mille mains, fruit de centaines de rencontres, de témoignages, de conversations, vibrant de mille peurs et autant d'espoirs. Un livre où résonnent des dizaines et des dizaines de voix, de femmes pour la plupart, presque toujours inquiètes, souvent ­désespérées. Parfois, elles ont juste besoin de parler. « De leurs règles, de leurs dépressions, de leurs enfants, de leurs parents, de leur boulot, de leur libido, de leur désir ou de leur peur d'être enceinte, et toutes, sans exception, des mecs. » C'est Le Chœur des femmes que le médecin-écrivain Martin Winckler orchestre à sa manière, généreuse, débordante, passionnée.

Jean Atwood est interne des hôpitaux, major de sa promo, genre docteur Je-sais-tout, je sais ce que je veux et rien ne m'arrêtera. Sauf qu'avant d'obtenir le poste de chef de clinique en chirurgie gynécologique de ses rêves, le « futur professeur Atwood » doit passer son dernier semestre d'internat dans un service « Médecine de la femme » dirigé par le docteur Franz Karma, gourou d'une médecine attentive, modeste, centrée sur l'écoute et l'échange transversal soignants-patients. Difficile pour Atwood qui, tout au long de sa formation, a « bouffé des écarteurs, des compresses et du ­cat­gut », ne rêve que d'ouvrir, « inciser, extirper, réparer », soigner « des maladies, des vraies » et sûrement pas d'écouter les jérémiades et tenir la main des « nanas » du docteur Karma toute la sainte journée.

On imagine évidemment que le docteur Atwood, arrivé « le scalpel entre les dents », va assez vite prendre la mesure de la révolution que représentent les méthodes de son confrère en lutte contre « l'ar­chaïsme » et la « misogynie » d'une certaine pratique de la médecine qui assimile le toubib à un dieu tout-puissant. Le Chœur des femmes fait ainsi écho aux précédents romans de Martin Winckler – La Maladie de Sachs, Les Trois Médecins –, et l'auteur n'a rien perdu de son énergie, ni de sa colère dans son combat pour une médecine à hauteur d'homme. Mais Le Chœur des femmes est d'abord un formidable roman qui assume avec panache son choix du feuilleton – la fin totalement rocambolesque est tout de même un peu difficile à avaler, sauf à être lue au second degré. On dévore les pages, les innombrables histoires qui la composent, les mille et un rebondissements qui en rendent la lecture addictive.

On en savoure surtout la langue et les dialogues, le travail sur l'oralité, la justesse du ton et des voix, la singulière vitalité d'une prose qui parle, pleure, chante, s'enflamme, crie et passe sans crier gare par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Composé façon comédie musicale, avec solos, duos, polyphonies et même quelques textes de chansons, ce Chœur des femmes en a incontestablement le charme et l'allant.

Mon avis.

C'est un roman "tordant", plein d'humour et de dynamisme où les histoires singulières de chaque patiente nous racontent "les femmes" : leurs peurs, leurs doutes, leurs interrogations, leurs joies, leurs envies de parler ou leurs envies d'être écoutées tout simplement. C'est écrit de façon très légère, parfois crue. Et au travers des récits de chaque patiente, on découvre avec plaisir l'histoire de Djinne et sa confrontation avec le docteur Karma, le grand ponte de l'hôpital dont la manière d'exercer est parfois surprenante mais ô combien révolutionnaire ! C'est un livre pronfond sur la femme, son corps et son quotidien. J'ai vraiment aimé cette lecture. 

Cécéarton954