09 novembre 2009
Le problème avec Jane de Catherine CUSSET
Morceau choisi : Jane ne recevait jamais de paquet chez elle. Elle le prit. Solide, rectangulaire et plutôt lourd : sans doute un livre. Elle se battit contre l'enveloppe rembourrée, agrafée et collée. Elle en sortit une chemise en carton jaune. Une disquette tomba sur le sol carrelé avec un bruit sec. La chemise contenait un manuscrit en feuilles détachées. Sur la première page, elle lut : LE PROBLEME AVEC JANE roman. Pas de nom d'auteur. Elle regarda [... ] Résumé : Jane est professeur de français en université aux Etats-Unis. Sa vie va s’arrêter pendant quelques heures pour découvrir le roman qu’elle vient de recevoir et qui retrace sa vie. Au gré de sa lecture, nous découvrons sa vie, ses amours, ses ruptures, au plus profond de son intimité avec toujours la même question : qui a bien pu écrire ce manuscrit ? Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce thriller psychologique qui, construit sur une intrigue, va nous tenir en haleine, de la première à la dernière page, tout comme l’héroïne Jane qui découvre sous ses yeux le récit de sa vie. Petit clin d’œil à l’auteur, c’ést d’ailleurs une façon très originale de prendre le lecteur par la main et de ne plus lui lâcher. Vous ne découvrirez qu’en toute dernière page son auteur ! C’est aussi un très beau portrait de femme moderne qui mène sa vie tambour battant, entre le travail qui lui prend tout son temps et où elle mène un rythme d’enfer, entre les cours, les démarches administratives et l‘accompagnement des élèves et des familles qui représentent je crois une réalité d‘aujourd‘hui dans le mode professionnel des enseignants. C’est une femme ambitieuse qui mène un véritable combat pour son évolution de carrière. Autre point, ne l’oublions pas, cette femme est professeur de français en université, nous allons donc l’accompagner dans ses approches de Flaubert, Sade… ce qui ne gâche rien, il faut bien le dire. Enfin, c’est également un formidable tableau des sentiments. L’héroïne vit à une époque où la vie de famille est mise à mal, les conjoints sont séparés, la distance réduit l’intimité et puis, un jour, c’est la rupture. Et Jane va en connaître des ruptures… Petite parenthèse : Chaque fois, les hommes lui diront, « le problème avec… », d’où le titre du livre. Avec ce personnage, on va toucher du doigt l’amitié, l’amour, la passion, l’attente de ces femmes modernes vis-à-vis des hommes… C’est un livre à lire, ASSUREMENT ! Annie
04 novembre 2009
Seule Venise de Claudie GALLAY
Le mot de l’éditeur : A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C’est l’hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l’arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l’attente du désir et de l’autre. Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d’une femme à la recherche d’un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d’une Venise troublante et révélatrice, sur l’enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux Mon avis : Je crois qu’il conviendrait, en réalité, de lire ce livre en premier et d’enchaîner avec « les déferlantes », bien meilleur roman, d'autant qu'ils présentent de nombreux points communs : on y retrouve le côté taciturne des personnages, le lien aux animaux (les chats sont une nouvelle fois très présents), toutefois il y manque la profondeur des sentiments et leur expression, le poids du vécu des personnages, de leur ressenti. La première partie est une sorte de catalogue des monuments et sites touristiques de Venise bien que présentés dans un climat et un environnement peu propices à la promenade (brume, brouillard, montée des eaux, gondoles sous bâches…). La deuxième partie focalise sur les personnages mais de manière trop succincte à mon goût. Bref, ce n’est pas le meilleur de Claudie GALLAY ! Annie
03 novembre 2009
Grâce et dénuement de Alice FERNEY
J’ai été totalement subjuguée par la qualité d’écriture de Alice FERNEY, je viens de lire un nouveau roman « Grâce et dénuement », et là, quelle surprise, l’objet de ce livre n’est absolument pas comparable aux autres. Elle s’attache cette fois à présenter l’univers des gitans et le choc des cultures. Résumé : Dans un camp en banlieue, serré entre les terrains vagues, les logements sociaux et la décharge, une famille de gitans s'est sédentarisée. Il y a Angéline, la doyenne, ses fils, ses belles-filles et ses petits-enfants. Ils vivent de presque rien, sans papiers, sans travail, sans eau courante, sans essence, à l'écart d'une société qui menace en dépit des lois de les expulser. Un jour, ils voient débarquer Esther, une gadjé, bibliothécaire, qui veut «lire des livres à ces enfants qui n'en ont pas». Les gitans l'accueillent avec méfiance, mais comme les enfants prennent plaisir à écouter ses histoires, ils finissent par l'adopter. Tous les mercredis, elle vient passer un moment avec eux. Après la lecture, elle prend un café avec les femmes. Malgré sa douceur et sa discrétion, elle reste en décalage: ses bonnes intentions et sa culture s'adaptent mal au mode de vie des gitans. Mon avis : Ce roman est particulièrement touchant par le poids des traditions dans la vie de cette communauté, la vieille Angeline, veuve et doyenne du clan, y joue le rôle de père de famille, ce qui lui vaut le respect de tous. C’est aussi tout leur mode de vie qui est passé au peigne fin dans ce roman, les relations hommes/femmes, parents/enfants sont contraintes par l’exiguïté des caravanes. Ils vivent dehors, par tous les temps, et partagent tous ensemble des moments qui nécessiteraient un peu plus d’intimité. Alice FERNEY y dévoile toute la difficulté qu’a cette communauté à s’intégrer dans la société, elle vit dans les lieux où personne d’autre n’accepterait de vivre, elle est sale, elle vit sans papier, elle fait peur… et rencontre de l’hostilité lorsque les enfants sont scolarisés. Mais quelle leçon d’humanité nous donne cette Esther, tout comme la propriétaire du terrain d’ailleurs qui acceptera, jusqu’à sa mort, de laisser ces gens occuper son terrain sans rien leur demander. Ce roman est également merveilleux parce qu’il montre, une nouvelle fois, le pouvoir de la lecture sur les êtres, qu’ils soient instruits ou non, tous se laissent captiver à l’écoute d’une histoire qui leur est contée. Bon moment de lecture Annie
30 octobre 2009
La conversation amoureuse de Alice FERNEY
Je vous livre le premier paragraphe : « un couple de futurs amants marchait, au milieu de la chaussée, dans une rue piétonne, un peu avant l’heure du dîner. »
Voici le contexte rapidement présenté. Pauline, jeune femme mariée, mère d’un petit garçon et enceinte d’un deuxième, rencontre, à l’école, Gilles, plus âgé, également marié et père d’une petite fille. Lui est resté sans voix devant le charme de cette femme au manteau rouge, totalement subjugué par sa beauté. Il va lui proposer un café, puis un dîner. Elle va se libérer des liens du mariage et s’autoriser par la pensée, une relation amoureuse qui va empoisonner sa vie.
Ce roman est magnifique, très bien écrit, Alice FERNEY sait comme peu d’écrivain, écrire autant de pages sur l’intensité du désir, sa force, son côté irrépressible. Cette prose éminemment romantique est une prouesse.
Dans le roman « l’élégance des veuves » présenté le 21 octobre 2009, je faisais un parallèle avec la qualité d’écriture de Stefan ZWEIG, je confirme, Alice FERNEY sait utiliser un vocabulaire très riche et varié pour décrire le désir, le sentiment amoureux.
Je ferai également un autre parallèle, d’actualité, avec le film « Mademoiselle CHAMBON », je croyais d’ailleurs voir Pauline et Gilles joués par les deux comédiens : Sandrine KIBERLAIN et Vincent LINDON, film dans lequel les silences sont porteurs d’amour, de complicité. Je vous livre une citation d’Alice FERNEY pour illustrer ce parallèle : « Ils restèrent un instant silencieux. Cette intimité de l’absence des mots les troubla, plus que tout ce qu’ils s’étaient dit. »
Alice FERNEY profite également de ce livre pour montrer à quel point les femmes sont exigeantes en amour.
J’ai vraiment beaucoup aimé. C’est une VALEUR SÛRE !
Annie
28 octobre 2009
Disparu à jamais de Harlan COBEN
Un super puzzle Très bon polar, je ne connaissais pas encore Harlan COBEN mais j’en avais entendu parlé en bien, et voilà, j’ai sauté le pas pour me jeter dans un de ses polars. Et, devinez quoi ? Je me suis prise au jeu. Un véritable puzzle où toutes les pièces s’entremêlent petit à petit pour découvrir que les méchants ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Tous les personnages sont très complexes et l'enquête est bien ficelée. Ce livre est un thriller qui nous tient en haleine. Le suspens est tenu jusqu'aux 10 dernières pages avec brio! Vous ne comprenez l'histoire qu'à la fin et quel dénouement ! Mais, je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler l’histoire. J’ai passé un excellent moment et ça me donne envie de lire les autres œuvres de cet auteur. Ce livre est très passionnant et difficile à refermer tant qu’on n’a pas la clé de l’énigme. Je conseille ce livre à tous les fans de romans policiers. Quant aux autres, c'est un livre parfait pour découvrir le genre... Bonne lecture à toutes et merci à Agnès de me l’avoir conseillé. Cécé
27 octobre 2009
L'annonce de Marie-Hélène LAFONT
Il y a de ces petits romans qui vous touchent ... "L'annonce" est uniment savoureux. Certes, l'intrigue est très simple: une rencontre amoureuse provoquée par une petite annonce entre Paul, agriculteur de 47 ans à Fridières dans le Cantal et Annette, une mère de 37 ans de Bailleul, dans le nord, qui décide, avec son fils Eric, de fuir son mari alcoolique Didier. Paul accueille Annette et Eric dans sa ferme à Fridières, exploitation agricole familiale habitée par Nicole, la soeur de Paul, les oncles et Lola. Comment l'arrivée de ces étrangers va-t-elle être vécue par tous ces résidants ?
Que de talent pour raconter cette tranche de vie ! Marie-Hélène Lafont Aime les mots et la lire exige recueillement et sérénité. Sa plume raffinée et voluptueuse mène la danse avec une élégance singulière. Elle décrit avec finesse ce milieu rural, régi par des codes plus que par des mots. Annette, Eric, Paul, Nicole et les oncles ne sont pas à l'aise avec les mots ... Marie-Hélène Lafont sont sa grande passion.
Que dîtes-vous d'une petite escapade dans le Cantal ? Vous verrez, à Fridières la métaphore est naturellement agricole ...
Ingrid
21 octobre 2009
L'élégance des veuves de Alice FERNEY
« Arthur et Julie Bourgeois eurent cinq filles. Deux d’entre elles moururent jeunes. Les trois autres, Hélène, Henriette et Valentine, convolèrent en justes noces. D’elles sont issus dix-huit petits enfants, quarante-trois descendants à la deuxième génération, cent cinquante quatre à la troisième et à ce jour, quatre-vingt à la quatrième. » Ce roman nous dévoile la vie de famille de deux générations du début du 20ème siècle, c’est-à-dire à l’époque où « Dieu était encore responsable de tout, d’une nouvelle grossesse, d’un deuil… ». Ce sont des destins de femmes qui nous sont relatés, ceux de femmes parisiennes, nées dans un milieu favorisé et vouées, avec le concours de domestiques, à procréer et éduquer leurs enfants. J’ai été absolument séduite par la qualité de l’écriture de Alice FERNEY qui peut nous expose avec maintes détails la beauté de l’amour, sa volupté, sa sensibilité, sa force aussi. Elle sait présenter les sentiments avec un style tout à fait singulier. On peut y retrouver quelques traces de la plume de Stefan ZWEIG, c’est dire ! Elle confère avec ce livre une place de choix aux femmes de l’époque qui, bien que n’étant pas Chef de Famille, ce titre étant réservé à la gente masculine, jouait un rôle essentiel dans la tenue de la famille. Elles connaissaient le bonheur de porter les enfants, de leur donner naissance mais aussi malheureusement le poids de leur disparition, du deuil. Comme l’indique le titre, ces femmes perdaient également parfois leurs maris, l’être cher, ce qui leur conférait un statut de second rang dans la société, mais toujours elles gardaient la tête haute et leur élégance devant les responsabilités qui leur incombaient. Je vous livre une citation qui illustre ce propos : « Que les hommes peuvent être bêtes ! pensait-elle, les femmes n’ont pas cette inconscience stupide ou cet égoïsme. Elles savent que l’on a besoin d’elles. » En fait, J’AI ADORE ! Annie
19 octobre 2009
Trois femmes puissantes de Marie NDIAYE

Trois récits, entre lesquels courent des liens ténus. Au centre de chaque récit, une femme qui dit non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba.
Norah, la quarantaine, arrive chez son père en Afrique. Le tyran égocentrique de jadis est devenu mutique, boulimique, et passe ses nuits perché dans le flamboyant de la cour. Pourquoi lui a-t-il demandé de venir ? Ce que Norah va découvrir est plus terrible encore que ce qu'elle pouvait redouter.
Fanta enseignait le français à Dakar, mais elle a été obligée de suivre en France son compagnon Rudy. Rudy s'avère incapable d'offrir à Fanta la vie riche et joyeuse qu'elle mérite. Il reste sous l'emprise maladive de sa mère, qui consacre sa vie à persuader son entourage de l'existence des anges. Il erre, bouleversé, dans une réalité visqueuse qui le remplit de colère et de rancune. Fanta, près de lui, est un roc.
Khady Demba est une jeune veuve africaine. Sans argent, elle tente de rejoindre une lointaine cousine, Fanta, qui vit en France. Le long voyage de l'émigration sera ponctué de souffrances sans nom.
Impossible de commencer un récit sans aller jusqu’au bout. Dans chaque thème abordé, une femme qui, malgré un chemin truffé d’obstacles, se bat avec énergie , force, détermination pour garder la tête haute et sa dignité. C’est un roman profond, l’écriture est raffinée, les phrases longues et sinueuses. Un bel hommage à ces femmes qui osent dire non. J’ai vraiment savouré.
Elise
12 octobre 2009
Balzac et la Petite Tailleuse chinoise de Dai SIJIE
Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels. Et on ne badine pas avec les intellectuels : on les envoie se rééduquer dans les campagnes, travailler dans des rizières ou dans des mines. C'est ce qui est arrivé au narrateur et à son ami Luo, si jeunes et déjà marqués du sceau infamant d'"ennemis du peuple". Pour ne pas sombrer, ils ont heureusement encore quelques histoires, quelques films à se raconter, mais cela fait bien peu. Jusqu'à ce que, par miracle, ils tombent sur un roman de Balzac : petit livre à lire en cachette, tellement dangereux, mais tellement magique, qui changera le cours de leur vie en leur ouvrant la porte de la fille du tailleur, en rendant possible ce qui ne l'aurait jamais été...
Un beau roman qui fait prendre conscience au lecteur que si pour nous Occidentaux, lire nous semble un acte facile, banal, dans un autre monde ce peut être un véritable combat.
En tout cas, à travers cet ouvrage à l’écriture tendre et poétique Dai Sijie rend un bel hommage au pouvoir du livre, à la magie de la littérature qui procure tant de bonheur et de liberté.
Elise
11 octobre 2009
Eleanor Rigby de Douglas COUPLAND
Liz Dunn a 36 ans, est obèse, vit seule, et souffre d’une très grande solitude. Après une intervention sur ses dents de sagesse, un évènement va se produire et bouleverser sa vie.
Je ne peux pas vous en dire plus au risque de vous dévoiler toute l’histoire de ce roman très émouvant.
Ce titre, vous le connaissiez sûrement, était celui d’une chanson des Beatles dont je vous livre, pour mémoire, le refrain :
«
All the lonely people
Where do they all come from ?
All the lonely people
Where do they all belong ? »
Comme la chanson le faisait déjà, ce livre traite principalement du sujet de la solitude mais ce n’est pas tout, il aborde également les thèmes de l’obésité, de la maladie, des grossesses cachées et de l’adoption…
Son auteur décide de les évoquer avec humour. A titre d’exemple, je vous livre une citation : « J’avais l’impression d’être prisonnière de ma conscience. Mon oreiller était de la taille d’une tablette de chewing-gum, le matelas aussi épais qu’un biscuit apéritif. Je me suis roulée en boule et j’ai pleuré en silence en faisant cette chose que seuls les jeunes peuvent faire, c’est-à-dire m’apitoyer sur mon sort. Passé trente ans, on perd cette capacité. Au lien de s’apitoyer sur son sort, on devient amer. »
Ce livre a le moral en dents de scie. Il nous fait vivre des moments de grande tristesse comme des instants de pur bonheur. Il vit, quoi !
J’ai absolument adoré (Merci beaucoup Valérie, encore une bonne référence !!!).
Annie







