dora bruder

 


Prix Nobel de Littérature 2014


Quand un auteur est lauréat du Prix Nobel de Littérature pour son oeuvre, il convient que l'on s'y intéresse, n'est ce pas ?
Et bien c'est ce que j'ai fait avec Patrick MODIANO parce que je l'avoue, je n'avais rien lu de lui avant...


Anne a bien présenté son dernier roman : "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier" mais je suis quand même allée voir dans les médias ce qu'il y avait de recommandé. Et là, j'ai trouvé "Dora Bruder", ça m'a intéressée, je me suis lancée...


Dora Bruder est née en 1926 dans le 12ème arrondissement de Paris. Son père était d'origine autrichienne et sa mère hongroise. De famille juive, elle n'échappera pas à la traque menée pendant la 2de guerre mondiale.


Patrick MODIANO tente avec ce roman de reconstruire le fil de la vie de Dora Bruder, sur la base d'actes d'état civil mais aussi de suppositions parce qu'il faut bien le dire, soit des documents n'ont jamais été rédigés, soit ils ont été détruits pour effacer toutes traces de cette période particulièrement sombre. C'est aussi le fil de la vie du narrateur qu'il reconstruit. En effet, de nombreux points communs lient leurs deux parcours avec une vingtaine d'années d'intervalle. Le narrateur est-il Patrick MODIANO lui même ? Je ne sais pas, et vous ?


Question forme, ce roman est construit à l'image de l'élocution de son auteur. Peut être l'avez-vous déjà entendu parler ? Il est particulièrement difficile d'obtenir de lui une phrase entière, sujet verbe complément. Il commence, il reformule, il dit autrement, il exprime avec d'autres mots... et à un moment, il lâche l'élément clé. Et bien, son roman est construit sur cette base. J'avais un peu peur de ne pas le suivre et que cette forme me fasse passer à côté de l'essentiel, et bien non. J'ai été très touchée par l'itinéraire de cette femme, sa fugue, ses retrouvailles avec son père...

 

Son écriture revêt un caractère magique, ses formules vous vrillent les tripes, allez savoir pourquoi. Et puis, il y a aussi une dimension mystérieuse. On n'est pas sûr d'avoir toujours tout compris, que toutes les étapes du parcours se vérifient, mais l'essentiel est ailleurs.


J'ai beaucoup aimé, encore une fois, l'histoire de Paris, au moment de l'occupation cette fois-ci.

 

Patrick MODIANO met également en exergue cette volonté qu'a l'homme de faire table rase du passé avec la démolition d'immeubles à l'image de cet îlot 16 pour ne pas laisser de trace, aux générations futures, de ce qui a pu s'y passer il y a 70 ans maintenant.


Un petit clin d'oeil aux place de Clignancourt, station de métro Simplon et boulevard Ornano. Les intéressés s'y reconnaîtront !!!


Enfin, je voudrais saluer l'acte de résistance d'une dizaine de femmes en juin 1942 mis en lumière par Patrick MODIANO et que je trouve admirable. Ces Françaises "aryennes" ont alors décidé de porter l'étoile jaune en signe de solidarité avec le peuple juif. Elles ont été transférées aux Tourelles puis le 13 août 1942 à Drancy pour être "amies des juifs". Qu'aurais je fais en 1942 si... ?


Ce roman est bouleversant.


Annie