elle joue

Il est des romans qui nous permettent de porter un regard sur le monde et l’histoire, c’est indéniablement ce que fait le dernier roman de Nahal TAJADOD.

Sheyda naît en 1983, au moment de la guerre Iran-Irak. Son enfance est marquée par la guerre, la répression, les allées et venues dans cette maison à étages (chaque génération occupe un étage avec un lieu de rassemblement, le sous-sol, l’abri pour tous pendant les périodes rouges). Elève du Conservatoire de Musique, elle bénéficie d’un droit de circulation et d’une protection avec ses limites puisqu’en 1998, elle se fait agresser à l’acide dans la rue. Pour continuer à sortir librement, elle se transforme en garçon, rase sa chevelure et comprime sa poitrine. Devenue Amir, elle sort la tête nue, respire les gaz d’échappement de la ville, brave les interdits au guidon de son vélo, intègre un groupe de garçons, siffle les filles et se fait respecter. Fille d’un metteur en scène et passionnée de cinéma, elle prend des cours et joue, elle est sacrée Meilleure actrice du Festival du film de Téhéran. Sa carrière aurait pu être longue en Iran si elle n’avait décidé de mettre son talent à disposition d’un réalisateur américain, ennemi juré de son pays natal.  Son combat ne fait que commencer avec le pouvoir en place, Sheyda n’a peur de rien. « Elle a toujours aimé le danger comme partenaire de jeu ».

La construction de ce roman est originale, elle est basée sur des échanges entre deux femmes, la narratrice, l’écrivaine elle-même, et Sheyda, qui, sans le dire, n’est autre que Golshifteh FARAHANI. La première est née avant la révolution islamique de 1979, n’a jamais porté le foulard, a connu un pays de liberté, alors que la deuxième est née après cet évènement qui a fait entrer l’Iran dans une nouvelle ère. Page 264 : « Nous sommes toutes les deux des femmes, toutes les deux vivantes, nous sommes là, nous respirons les mêmes odeurs, nous entendons les mêmes sons. Mais quelque chose nous sépare à jamais. Un peu plus de vingt ans : tout un monde. »

Toutes les deux sont en accord, il convient de lutter contre le régime iranien pour que les arts continuent d’exister. C’est le combat qu’elles mènent, chacune à son niveau et avec les moyens qui sont les siens, pour que ce « rien » devienne quelque chose.

nahal tajadod 1 golshifteh-farahani (1)

Un très beau combat de femmes pour la LIBERTE !

Annie