Parfois je ris tout seul de Jean-Paul Dubois

Entre deux plats de résistance bien consistants, American Darling de Russel Banks (une œuvre majeure de près de 400 pages) et l’Art de la joie de Goliarda Sapienza (637 pages) qu’il faut, paraît-il, lire absolument, j’ai pris un trou normand, Parfois je ris tout seul.
Je vous en propose une petite gorgée :
« Cric
- Passe-moi le tournevis.
- Lequel ?
- Celui avec le manche orange.
- J’en vois pas avec le manche orange.
- Bon Dieu, tu l’as devant le nez !
- C’est pas un tournevis à manche orange, c’est un tournevis à manche rouge.
- Bon, fais pas chier, envoie-le.
- C’est pas la peine de t’énerver.
- Merde, je suis coincé sous la bagnole et toi tu te prends pour Picasso avec tes rouges et tes oranges.
- Picasso n’a jamais utilisé le rouge et l’orange.
- C’est ça, d’accord. Quand t’auras fini avec tes conneries, tu mettras le cric sous le longeron à l’avant.
- Où il est, le cric ?
- Quelque part par là, cherche un peu, comment veux-tu que je le voie, moi, de là où je suis.
- J’en vois deux crics. Un rouge et un bleu.
- Amène le rouge, comme ça y sera assorti au tournevis.
- Arrête. Le rouge est mieux que le bleu ?
- Non, tête d’ours. Mais le bleu c’est celui à Picasso et il aime pas qu’on se serve de ses outils. »
N’est-ce pas délicieux ?
Que des brèves chroniques, drôles, décalées, tendres (et moins tendres parfois) qui font bien rire, ou sourire !
Avec Jean-Paul Dubois, je savais que je ne serais pas déçue.
mjo



