le turquetto

Au salon du Livre de Paris, 2012, quelques lecteurs attendent la dédicace du dernier roman de Metin ARDITI : "Le Turquetto". Je m'y intéresse, ouvre le livre et découvre, page 11, une note de l’auteur au lecteur : « Il existe au musée du Louvre un portrait attribué à Titien, intitulé « L’homme au gant », qui présente une curiosité. La signature apposée au bas de la toile, TICIANUS, toute en majuscules, semble peinte de deux couleurs différentes. Le visiteur attentif peut constater, pour peu qu’il approche son regard du tableau, que le T est peint en gris foncé, alors que le reste du nom, ICIANUS, est en gris-bleu. La différence de couleur n’est pas criante, mais elle est indiscutable… »

Le mystère qui entoure cette œuvre d’art du XVIème siècle ne pouvait me laisser plus longtemps indifférente et je puis vous assurer que ce fut un réel bonheur de plonger dans le passé, la Renaissance, période artistique flamboyante, et de voyager de Constantinople à Venise, emportée par la plume de Metin ARDITI, fluide à l’envi.

Elie Sorianos naît, juif, en 1519, à Constantinople. Particulièrement attentionné aux traits des hommes et des femmes de son entourage, sa religion lui interdit pourtant de les dessiner. Il profite du décès de son père, le laissant orphelin, pour fuir la terre musulmane et s’embarquer à destination de Venise, le haut lieu de la peinture. Là-bas, sous un nom d’emprunt, Ilias Troyanos, devenu Grec par la même occasion, il devient l’élève prodige de Titien et sera surnommé Le Turquetto pour son petit gabarit et ses origines. Il se marie, fait baptiser sa fille devant les notables de Venise. Il ne tarde pas à recevoir des commandes de l’Eglise, toutes plus ambitieuses les unes que les autres. Au sommet de sa gloire, une liaison avec une femme juive, sème le doute chez les Chrétiens qui imposent alors une nouvelle clause dans les contrats avec les artistes : n’employer dans les ateliers que des chrétiens. Ilias signe le contrat mais l’imposture ne tardera pas à être dévoilée !

Je ne peux vous en livrer plus, vous le comprendrez, au risque de rompre le charme de ce roman magnifique, signé d’une main de maître !

Metin ARDITI nous relate cette période de l’histoire de l’art avec brio, le lecteur s’immerge dans les ateliers de peinture où vernis et cristaux d’encens se marient allègrement, un véritable plaisir. Il nous rappelle, s’il en était nécessaire, le poids de la religion à cette époque marquée par les condamnations pour hérésie et blasphème, la condition des juifs, contraints à habiter dans le ghetto et à porter un béret jaune dès qu’ils s’en éloignaient.

Ce roman historique sur fond artistique est un petit bijou, dédicacé par Metin ARDITI, il devient un trésor.

Un seul conseil : lisez-le !

Annie

P.S. : En couverture de ce roman, il s'agit d'un extrait de l'oeuvre "L'homme au gant", je ne pouvais résister à vous en présenter son intégralité !

l'homme au gant