amours en marge

 Au réveil, la narratrice entend le son d’une flûte traversière. Le plaisir ne sera que de courte durée malheureusement puisque malgré ses déplacements dans son appartement, l’intensité du son reste identique. Elle souffre en réalité de problèmes auditifs qui vont l’obliger à consulter et à être hospitalisée. A sa sortie de la clinique, elle est invitée à témoigner lors d’une table ronde organisée à l’initiative d’un magazine de santé. Subjuguée par la qualité de l’exposé du premier témoin, employant le mot juste et un vocabulaire riche pour définir ses symptômes, son attention est rapidement attirée par les mains du sténographe, Y, chargé de prendre les notes. Ses doigts se déplacent lentement sur la feuille blanche, elle est totalement obnubilée par leur vision.

Un nouveau séjour à l’hôpital s’impose pour soigner ses maux, elle n’a que 24 ans et doit apprendre à ne rien faire de sa vie. Y vient lui rendre visite pour lui présenter le contenu de l’article et obtenir sa validation avant diffusion. Une relation toute singulière va s’établir avec cet homme. Ses mains détiennent le pouvoir de l’apaiser, voire peut-être de la guérir.

Comme vous le savez, je suis particulièrement sensible à la qualité de l’écriture de Yoko Ogawa et je puis vous assurer que ce roman est absolument magnifique. Très poétique, sa plume se focalise sur les oreilles de la narratrice, ces organes à la disposition de l’un de nos sens les plus sensibles, capables d’amplifier des bruits au point de les rendre insupportables. Elle valorise la qualité des silences, le pouvoir de la prise de parole et les bienfaits de l’écoute.

Elle aborde l’un de ses thèmes fétiches, celui de la mémoire, des souvenirs. La narratrice s’en libère au fur et à mesure qu’elle les égraine, fait son deuil de moments et d’émotions douloureux, et s’inscrit progressivement dans le présent avec sérénité. Le cheminement de la narratrice est lent, c’est toute la reconstruction de cette femme que décrit Yoko Ogawa dans ce qui pourrait être qualifié d’un conte.

A l’Antre des Mots, nous sommes sensibles à la qualité des mots. Je vous livre une citation qui devrait vous faire plaisir : « Dès qu’il les prononçait, ce n’était plus du simple vocabulaire dépourvu de toute signification, mais des mots ayant une histoire fascinante ». Tout un programme, non ?

Annie