Nation Pigalle

Vous ne connaissez pas Paris ? Et plus précisément, le quartier de Pigalle ? A coup sûr, adoptez Anne PLANTAGENET comme guide, elle le connaît manifestement sous toutes ses coutures, plus ou moins reluisantes certes, mais qui font de ce quartier parisien un quartier unique.


Au gré d’un panel de personnages hétéroclites et hauts en couleur, ce roman nous fait entrer dans l’intimité de quelques foyers, tous aussi malmenés depuis l’incendie de l’appartement du 2ème, une vieille dame y vivait, Yvette Perez, il s’agit d’une tentative de suicide qui aurait bien pu coûter la vie à d’autres occupants, non contente d’y avoir mis le feu, elle avait également ouvert le gaz !


Il y a Timothée bien sûr, le fils de la vieille, chef d’entreprise, avec son épouse Sandrine, et ses trois enfants : Gabriel, Louis et Diego. Timothée est né en Algérie et a quitté cette terre à l’âge de 2 ans et demi. Sandrine, elle, est institutrice, plutôt en rondeurs, Timothée est l’amour de sa vie. C’est elle le chef de famille, celle qui prend toutes les décisions, assume toutes les situations.


Il y a Gaïa, la maîtresse de Timothée depuis 4 ans, qui a résolu le conflit de ses origines en retournant là-bas, accompagnée de son père, pied noir, pour faire leur deuil de leurs ascendants. Elle est folle amoureuse de Timothée qui lui a promis de quitter sa femme pour vivre le grand amour avec elle.


Il y a aussi Vincent, 53 ans, chef d’entreprise dans le domaine culturel, marié avec Louisa depuis quelques années et papa d’un petit Roméo. Il a une sœur, Lucie, dépressive, pas assez malade pour être hospitalisée mais trop pour ne pas travailler.


Louisa, 37-38 ans, traductrice de romans espagnols, aux origines bourgeois (son père était notaire, elle a passé sa jeunesse entourée de domestiques). Vincent est son 2d mari. Elle a un autre fils, Aurélien, de son premier mariage.


Si je prends le temps de vous présenter en quelques lignes tous ces personnages, c’est qu’ils vont faire l’objet d’un passage au crible par l’auteur de ce roman. Tour à tour, Anne PLANTAGENET va focaliser sur un protagoniste et détailler toute sa vie quotidienne, ses sentiments, son passé, son actualité, ses perspectives d’avenir. Elle utilise en permanence la 3ème personne, un peu comme si elle était une petite souris immiscée dans l’univers de chacun, qui rapporterait tout ce qu’elle voit. Je ne vous ai finalement quasiment rien dévoilé à côté de ce qui vous attend !


En réalité, ce ne sont pas seulement ces personnages qui vont faire l’objet d’une étude au scalpel mais l’ensemble de notre société du 21ème siècle, à Pigalle, quartier du sexe par excellence (quelques passages « hot », vous voilà prévenu(e)s) mais finalement, un autre quartier d’une autre grande ville de France serait-il différente ? Ce roman a été écrit en 2009-2010, toute l’actualité de ces année-là y passe : la Coupe du Monde de football, le volcan islandais et, et… bien sûr, le débat sur la nationalité, qui est la question de fond de ce livre.


Anne PLANTAGENET trace un portrait particulièrement sarcastique de notre société individualiste, de consommation, dans laquelle les sentiments peuvent être finalement bien peu de choses. Son propos est étayé et argumenté, une vraie pépite. 


La construction des phrases est très originale, elle multiplie le recours aux synonymes et autres propos pour renforcer l‘idée qu‘elle exprime, sans user de ponctuation, ou presque. Un petit exemple : « … la culture, c’est terminé c’est vieillot ce n’est plus dans l’air du temps ça n’émoustille plus personne… ». Ces tournures donnent un rythme à la lecture, au point d’en étourdir parfois le lecteur qui doit s’y reprendre à deux fois. C’est à l’image de la vie trépidante que vivent ces parisiens…


J’ai trouvé ce roman absolument MAGNIFIQUE, d’une richesse extraordinaire, avec des personnages que j’avais envie d’accompagner encore et encore.


J’avoue avoir été particulièrement émue lors du passage dédié à Gaïa et à son père, de retour en Algérie pour un court séjour après toutes ces années.


Annie