ça t'apprendra à vivre


Jeanne BENAMEUR, Brigitte nous en a parlé récemment avec « Les insurrections singulières ». Après ce petit bijou, j’ai voulu découvrir d’autres œuvres de cette femme. Par hasard, j’ai découvert à la bibliothèque « ça t’apprendra à vivre ».


Nous sommes en 1958, l’Algérie est en guerre. La famille s’exile en France dans une ville de la façade Atlantique.


Ce roman est écrit à la première personne du singulier, c’est la cadette de la famille qui relate les évènements qui l’ont le plus marquée. Elle n’a que quatre ou cinq ans au tout début. C’est la vie en Algérie, la peur, qu’elle dénonce. Et puis, avec l’exil, c’est le malaise de toute sa famille, chacun a perdu ses repères, sa place… Sa mère est d’origine italienne, une blonde aux yeux bleus, avec un arabe, un algérien. C’est aussi le choc des cultures qu’elle met en exergue, l’incompréhension devant les traditions. Enfin, c’est la place de « la petite » qui est aussi largement exposée ici. Alors qu’elle est très bonne élève à l’école, les parents semblent ne lui prêter aucune attention, pensant peut-être qu’elle ne comprend pas. Mais, c’est l’inverse qui se produit et on découvre, un torrent de violence, de souffrance, dans ce roman dont les chapitres sont courts mais laissent des traces comme des coups de poings. Les mots sont justes et font mouche à tous les coups.


Je vous livre une citation du chapitre « habiter » : « On a beau habiter, habiter on n’arrive pas. On a nommé les lieux : cuisine, salle à manger, salon, chambre des parents, chambre des petites, chambre de la grande, chambre du fils… Mais comment habiter le vide ? Nous qui ne savons plus quoi faire pour prendre le moins de place possible partout, voilà que chez nous il faut se dilater pour occuper l’espace. Il y a tant de pièces vides, de couloirs, de cours, de bâtiments. »


A l’image d’une confession… ce roman est fort en émotion, Jeanne BENAMEUR nous donne un petit aperçu des terribles souffrances vécues par ce peuple il n‘y a pas si longtemps.


Annie