dans_ma_peau

Le 1er paragraphe (également 4ème de couverture) :


« Mon corps est un carcan ; je suis prisonnier d’une gangue de chairs et d’os. Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m’écharpent à chaque moment. Mon esprit ressasse d’identiques rengaines ; je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j’aime ; je ne vois que mes mains qui tremblent, mes bras qui peinent à amener de la nourriture à la bouche et mes jambes qui ploient sous le corps devenu trop lourd. Je ne suis qu’un homme mal assis qui songe sans fin, et si j’ai aimé ce corps, je le hais à présent. Nous cohabitons désormais et il a le dernier mot en tout ; je ne me suis résolu à cette idée que contraint. »


Mon avis :


Ce livre est le récit autobiographique de Guillaume de FONCLARE, Directeur de l’Historial de la Grande Guerre créé à Péronne (Somme) pour assurer la mémoire de la guerre 1914-1918 qui a fait plus de 10 millions de morts.


Le premier paragraphe donne le ton du propos. Son auteur souffre d’une maladie orpheline qui a progressivement converti son corps en lieu de souffrance, modifiant lentement et irréversiblement son quotidien - les déplacements deviennent de plus en plus compliqués au point de nécessiter une anticipation systématique sous peine de se retrouver dans des situations insurmontables sans l’aide de quiconque, son statut - « Quand je reçois dans mon bureau, je suis le directeur. Quand je raccompagne à la porte, je suis handicapé », le regard des autres et les relations avec l’entourage proche - « On s’entend dire « oui » avant même d’avoir commencé à y songer ; « tu vas bien ? » Qu’aurait-on pu répondre d’autre ? Je ne peux répondre « non » à ceux qui me posent cette question, mes matinées  ne seraient qu’une litanie de regards désolés ou de moues sinistres ».


Alors, que dire de la vie quand elle prend cette tournure et que le corps ne laisse plus une minute, une seconde, de répit. Et bien, il semblerait qu’une fois de plus, elle prenne, devant ces épreuves du quotidien, une valeur exponentielle. « Il est bien tard pour regretter. Il m’aura fallu souffrir pour mesurer la valeur de ce que j’ai perdu, et il faut pleurer pour regretter de ne pas avoir ri lorsque le temps était à rire… Tout compte fait, oui, j’ai des moments de bonheur, dans les bouleversements de mes états d’âme et le grondement sourd de mes maux ».


Et puis, cet homme reste humble et modeste. Il relativise sans cesse sa situation avec celle des soldats pendant la 1ère guerre mondiale et pour lesquels, professionnellement, il assure un devoir de mémoire au sein de l’Historial. Que dire de la souffrance de cet homme, individuelle, au regard de celle, collective cette fois, qu’ont enduré des bataillons entiers ?


Parallèle ingénieux qui fait de ce tout petit livre (qu’on ne lâche plus après avoir lu la première page…) une véritable pépite sur l’HOMME à bien des égards.


Merci, Sophie, pour cette référence


A LIRE ABSOLUMENT !


Annie