03 mai 2011

Je voudrais tant que tu te souviennes de Dominique MAINARD

je_voudrais_tant_que_tu_te_souviennes

Mon résumé :


Mado, alors qu’elle était toute jeune, ne pouvait marcher qu’à l’aide d’une prothèse à la jambe. Sa mère est décédée 3 ans après sa naissance, seul son père eut le droit de porter les yeux sur ce corps étranger. Son père souhaitait ardemment qu’elle découvre le monde alors qu’elle, elle se contentait du monde minuscule au fond du jardin. A 18 ans, son père décède, elle hérite alors d’une somme d’argent qui lui permet d’acheter une maison. Elle travaille dans un studio de photographie, elle observe la nature sous toutes ses coutures équipée de son polaroïd.


Albanala, étrangère, cartomancienne à ses heures. Elle est arrivée en France et s’est installée dans la cité avec son mari qui travaillait alors dans une entreprise de construction. Il décèdera 2 ans plus tard, écrasé par un camion. Albanala est l’amie de Mado. Un jour, elle lui présente sa nièce, Julide. C’est à elle qu’Albanala demandera de s’engager à veiller toujours sur Mado. Albanala quitte la France pour retourner dans son pays et mourir près des siens.


Julide, la nièce d’Albanala, est la fille d’un homme né dans un pays étranger et d’une femme issue d’une campagne française. Dans un lieu comme dans l’autre, le mariage est plus le fruit de la raison que des sentiments. Julide fera donc l’objet de fiançailles arrangées avec un cousin, Achille. Au départ de sa tante, Julide tient son engagement et prend soin chaque jour de Mado. Alors qu’elle suit des cours de secrétariat, tous ses moments libres sont voués à l’accompagnement de cette personne âgée qui n’a plus toute sa tête.


Et puis, un jour, un homme, couvreur, appelé l’Indien, arrive en ville. C’est un vagabond, depuis qu’il a l’âge de 8 ans, il passe son temps à admirer le ciel. Enfant solitaire et souffre douleur des autres élèves, il fait de la hauteur son alliée. Les gens du village, que la hauteur effraie, lui font appel pour de menus travaux. A 15 ans, il a suffisamment accumulé d’argent pour pouvoir quitter sa famille et partir à la découverte du monde, au gré des chantiers. Il arrive dans le village de Mado et Julide et se voit confier la restauration d’une girouette faite de danseurs installée sur la toiture du marché.


Alors que Mado n’a toujours fait que regarder ses pieds, elle découvre cet homme en hauteur. Elle en tombera éperdument amoureuse, mais, à son âge, est-ce bien raisonnable ? Lui, a bien remarqué une femme à la chevelure rousse, facilement reconnaissable, l’observant chaque jour. 


Mon avis :


C’est encore un très beau livre de Dominique MAINARD même s’il est un peu lent parfois.


Tous ses thèmes favoris sont abordés : l’exil, le monde imaginaire, les secrets et les mensonges, les rencontres improbables, mais aussi, la solitude, la vieillesse, les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer et ses conséquences sur les êtres, ceux qui en sont victimes et ceux qui entourent le malade.


Les moments d’absence de Mado nous font quitter le monde de la réalité, mais Dominique MAINARD sait avec talent nous faire passer de cet univers au monde imaginaire. C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis laissée portée par son écriture, une nouvelle fois.


Je vous livre une citation alors que Mado est au chevet d’un homme, hospitalisé, dans le coma : « Elle se dit que les peuples qui croient encore au pouvoir des photographies sur les âmes penseraient que ses polaroïds épongent les bleus comme des buvards, qu’ils boivent ces couleurs de douleur et de mort ; elle veut y croire aussi et elle aime penser qu’elle soigne l’homme à sa façon. »


J’ai aussi beaucoup aimé ce paragraphe qui en dit long sur la prise de conscience du vieillissement, irréversible, et même si la réalité est douloureuse, elle nécessite d’être formulée, Dominique MAINARD choisit les mots qu’il convient : « Elle se souvient de l’instant de lucidité que les mots de la jeune fille ont ouvert en elle comme une brèche. Et s’il vous voyait ? Comme elle s’est sentie misérable alors, trahie par Julide, mais surtout par son visage et ses mains pâles et fripés, par sa chevelure qui s’obstine à pousser blanche sous la teinture, par ce qui est au-dehors d’elle et n’est pas vert et jeune comme ce qui a germé à l’intérieur depuis l’arrivée de l’homme. »


Dominique MAINARD est envoûtante, elle décrit des personnages qui laissent en nous des traces indélébiles, quel talent !


Annie

Posté par jellybelly à 05:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]



Commentaires sur Je voudrais tant que tu te souviennes de Dominique MAINARD

    Un climat mystérieux

    A travers ce livre j’ai retrouvé l’auteure et son univers que j’avais vraiment appréciés dans « le ciel des chevaux ».
    C’est encore une histoire qui vous prend le cœur ; une histoire d’amour peu banale entre Mado, toute cabossée, vêtue de sa blouse sans âge, de chaussettes montant jusqu’aux genoux, qui vit dans une maison en ruines au milieu d’un terrain vague. Elle passe son temps à regarder et photographier les petites choses de la terre et à observer l’Indien, ce vagabond qui, lui, répare les toits, les girouettes et contemple le ciel et son immensité….
    Un récit qui peut gêner les lecteurs impatients mais un récit tellement saisissant !

    Posté par Elise, 04 mai 2011 à 21:44 | | Répondre
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