Furcy

Le 16 mars 2005, les archives concernant « l’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comtes rendus d’audience, des plaidoiries -  illustrait une période cruciale de l’histoire.

Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.

Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.

Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucun trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi. (M.A)

A travers cet essai  (qui a obtenu le prix Renaudot essai 2010) l’auteur nous permet de mieux saisir l’esprit d’une époque et d’une administration coloniale.

Critique

Seule la littérature possède ce pouvoir de faire non seulement revivre un Homme (Furcy) mais aussi de révéler  tout un pan d’une histoire silencieuse, tabou, celle de l’esclavagisme. « On en sait plus sur le moyen âge que sur l’esclavage » nous dit l’auteur.

Celui-ci a cherché à comprendre ce qui a poussé l’esclave Furcy  à vouloir s’affranchir, à assigner son maître au tribunal, « l’un des rares esclaves à avoir porté plainte en justice, et la procédure la plus longue : elle a duré vingt-sept années et s’est terminé cinq ans avant l’abolition ». Alors maître d’hôtel, Furcy est considéré comme un esclave fidèle, soumis et exemplaire. « Il n’avait jamais été éduqué à la liberté. Comment pouvait-il la revendiquer ? ».

Dans  cet essai  M.A. nous livre des éléments tangibles pour nourrir notre réflexion, mais aussi ses questions, ses conclusions jamais péremptoires. « Les hommes ne naissent pas libres. Ils le deviennent. C’est ce que m’a appris Furcy ».

M.A ne juge pas : « je ne veux pas juger assis dans mon fauteuil…, Je n’ai pas à calomnier les personnes comme Desbassayns de Richemont ou Joseph Lory (ce dernier propriétaire de Furcy), ils étaient ancrés dans leur temps, et défendaient leurs intérêts. Qu’aurais-je fait à leur place ? Sans doute rien de mieux, ou de pire… Dans ma généalogie, il a pu exister des négriers, des trafiquants d’esclaves, des profiteurs d’un système ignoble… Sommes-nous responsables de nos pères ? En mal. Ou en bien ? ».

Comme il existe peu de témoignages des personnes asservies, cet essai marque le lecteur et force son admiration pour les principaux protagonistes, à savoir :

-          Tout d’abord Furcy pour sa ténacité, « son extravagante patiente à devenir libre, sa détermination hors normes ».

-          Gilbert Boucher procureur général de la Cour royale de Saint-Denis et son Substitut auxquels Furcy s’est adressé pour réclamer sa liberté. Deux hommes qui l’ont soutenu sans faille pendant 27 ans, aidé dans sa démarche avec des prises de risques importantes sur leur propre carrière. « Qu’est-ce qui pousse un homme à tendre la main à un autre ? ». Position courageuse dans un contexte très défavorable.

-          L’auteur pour son  incroyable persévérance à déchiffrer parfois à la loupe des « tonnes » de paperasse, à passer 2 ans à rechercher  la date de naissance de Furcy, bref à s’approcher au plus près de la réalité.

M.A a voulu dénoncer le silence, l’absence de textes et de témoignages directs, avec cet essai il imprime définitivement dans la mémoire du lecteur « l’affaire de l’esclave Furcy » dont, après quatre années d’enquête, il a été incapable de savoir quand et où il était mort et dont il n’a même pas le nom.

A la lecture de cet essai vous allez comprendre pourquoi et comment Furcy a pu aller jusqu’au bout de sa démarche dans un système ou tout était organisé pour maintenir l’esclavagisme en place.

Brigitte.