le_conflit

Elisabeth BADINTER nous relate, dans cet essai, 30 ans de féminisme, de maternité, l’évolution des femmes et celle des mères, les désirs des unes et les envies des autres, parfois conciliables, parfois totalement en opposition, en France et aussi à l’étranger.


Elle tire quelques conclusions des statistiques explorées :


- « contrairement à leurs mères toujours pressées, qui avaient jonglé tant bien que mal entre les exigences professionnelles et familiales, les filles (nées au début des années 70), furent sensibles au nouveau mot d’ordre « les enfants d’abord !) » - rassurons-nous « la condamnation des mères par les filles est une constante bien connue de la psychanalyse : pas assez de lait, pas assez de temps… »

- « les pays Européens où le taux d’activité féminine est le plus élevé affichent parallèlement les meilleurs taux de fertilité » ,

- « le nombre de couples sans enfants a doublé ces 20 dernières années dans les pays anglo-saxons, au Japon et dans l’Europe du Sud. En France, le phénomène n’est pas significatif »

- « il y a les childfree (qui mettent en avant la jouissance de disposer de son temps et de son énergie physique, émotionnelle, sexuelle…), il y a les postponers et les childless (qui remettent à plus tard la conception d‘un enfant et/ou qui en abandonnent l‘idée - le taux de femmes childless est directement lié à leurs diplômes et titres universitaires, le lien entre le niveau d‘instruction et la fertilité est observable presque partout. »


Du point de vue de la condition féminine et de son émancipation, alerte, nous pourrions bien faire quelques pas en arrière :


- « c’est au moment où les femmes occidentales parviennent enfin à s’affranchir du patriarcat qu’elles retrouvent un nouveau maître à la maison : cette douce tyrannie des devoirs maternels n’est pas nouvelle mais elle s’est considérablement accentuée avec le retour en force du naturalisme, »

- « le cododo et l’allaitement maternel vont bien ensemble mais il serait la source de multiples avantages pour l’enfant, »

Mais n’oublions pas que :

- « le biberon, c’est la possibilité d’aller et venir et de se faire remplacer auprès du petit enfant »


Elle pose la question : « comment échapper à l’enfermement maternel dès lors qu’il est l’objet d’un puissant consensus social ? » 


Elle soutient les femmes qui aujourd’hui ont le cran de tenir tête à la société et son modèle :

- « combien d’enfants sont mis au monde pour jouer le rôle de compensation, de jouet ou d’accession de leur mère ? Combien d’enfants maltraités ou abandonnés à eux-mêmes qui passent par pertes et profits de la nature ? Étrangement la société paraît plus interpellée par celles qui mesurent leurs responsabilités que par celles qui les ignorent… »


Elle s’interroge toutefois sur l’avenir des femmes en France :

- « bien que les périodes de crise et d’incertitude ne soient guère propices à la résistance et à la rébellion, il semble que les femmes continuent largement à n’en faire qu’à leur tête. Jusqu’à quand ? »


Et pour celles qui hésitent encore à se lancer dans l‘aventure de la maternité, outre les plaisirs irremplaçables qu’apportent nos chères têtes blondes à leurs mères, une autre responsabilité sociétale repose sur les épaules des femmes : « la philosophie féministe du care… est devenue une vérité indiscutable, leur souci particulier des autres est une autre forme de morale, en rien inférieure aux hommes. Au contraire, plus soucieuses de la vie et des relations concrètes entre soi et les autres, plus à même de réparer que de trancher, de protéger que de punir, les femmes apportent à l’humanité une douceur et une compassion qui renouvellent la morale sociale. En conséquence, la maternité peut contrecarrer le monde individualiste, égoïste et cruel du monde libéral ».  


J’ai particulièrement apprécié la lecture de cet essai. Femme, mère, de nombreux propos font échos et l’approche de l’évolution de la société par cette grande femme mérite une attention toute particulière. Elle nous aide à comprendre certaines situations, à les interpréter et nous éclaire sur l’avenir de notre société.

Mesdemoiselles, Mesdames, je vous le conseille !

Annie