11 mai 2010

Syngué sabour de Atiq Rahimi

Syngué Sabour, pierre de patience

Dans un pays en guerre, une femme veille sur le corps de son mari, blessé d'une balle dans la nuque par l'un des hommes de sa milice, et plongé depuis trois semaines dans un coma profond. Cet homme, aux yeux grand ouverts et au souffle régulier comme les prières inlassables de son épouse qui le maintient en vie par perfusion d'eau sucrée-salée, est un combattant de toutes les luttes qu'a traversées son pays. Homme d'armes et de guerre, il fut un mari absent, violent, marié en son absence à cette jeune femme dont il a eu deux filles. La femme entame un long monologue avec son mari, faisant de lui selon un verset du coran sa syngué sabour, sa pierre de patience, présente pour recueillir les confessions du monde et les absorber jusqu'à son implosion finale. Elle lui dévoile tous ses secrets d'enfance, de jeune fiancée mariée par son père, et d'épouse qui malgré la peur et la violence de son époux a appris à l'aimer. Les confessions se succèdent, et la femme se délivre au milieu de la guerre qui l'entoure et la touche au plus intime, espérant par la même faire sortir l'homme de son coma que rien ne semble perturber. Après une ultime révélation ou peut-être dans un songe, la syngué sabour, comme le prétendait la tradition, éclate.

Mon avis :

J’imagine cette femme, entourée de bombes, de ruines, de cadavres veillant son mari blessé.

Je la vois égrenant lentement  son long chapelet noir à la cadence de son long monologue.

Elle déverse ses douleurs et ses secrets de toute une vie.

Elle raconte la stupidité des hommes prêts à la mort pour défendre leur sens de l’honneur et de la virilité.

Elle vomit sa condition de femme soumise aux violences de la guerre.

J’écoute sa confession bouleversante , elle qui,  humiliée tente de survivre, combattre, résister dans un monde qui semble sans issue.

Je referme le livre, touchée et émue par son récit de révolte et je garde en tête sa réflexion « il ne faut jamais compter sur celui qui connaît le plaisir des armes »

Pas étonnant que ce livre ait reçu le prix Goncourt 2008 !

Elise

Posté par jellybelly à 21:35 - Commentaires [2] - Permalien [#]



Commentaires sur Syngué sabour de Atiq Rahimi

    Pas d'eau de rose

    Un roman au parfum de fiel. C'est lourd et pourtant on est soulagé au fur et à mesure du récit par la libération que cette femme obtient en déversant ainsi son amertume.Le dénouement final est totalement révoltant, mais comme je l'ai déjà précisé ce n'est pas un roman à l'eau de rose. Un prix Goncourt tout à fait justifié effectivement.

    Posté par Brigitte, 15 juillet 2011 à 16:11 | | Répondre
  • Une confession en guise de libération

    Quel pouvoir reste-t-il aux femmes lorsqu’elles vivent dans des pays où leurs droits sont bafoués « quelque part en Afghanistan ou ailleurs » ? Celui peut-être de ne pouvoir se confier qu’à une pierre de patience. Gare à celle qui croirait pouvoir s’épancher sur l’épaule de son mari pour lui dévoiler tous ses malheurs.
    Un roman bouleversant.

    Posté par Annie, 18 septembre 2011 à 23:14 | | Répondre
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