A moins d'avoir hiberné ces derniers mois, pendant la rentrée littéraire, et plus particulièrement ces dernières semaines, à l'occasion de la remise du Prix Renaudot, vous avez forcément entendu parler de la sortie du nouveau livre de Frédéric Beigbeder, cet écrivain fantasque et connu pour ses déboires, Un Roman français.

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Peut-être avez-vous déjà lu certains de ces livres, parmis lesquels L'Amour dure trois ans, Nouvelles sous ecstasy ou encore 99 francs (adapté au cinéma, Jean Dujardin y jouant le rôle principal). Ces romans mettaient en scène des héros plus ou moins exaspérants à mon goût, débauchés, mondains, égoïstes pour la plupart. Cette fois, avec ce nouveau roman, Frédéric Beigbeder s'attelle à l'autobiographie, et se déleste de cette image qui lui colle à la peau dans les médias.

En effet, l'auteur, dans ce roman, se révèle au grand jour. Se retrouvant en garde à vue après avoir sniffé un rail de coke sur un capot de voiture, l'auteur se livre à toute une introspection qui le ramène dans le monde de son enfance. Son récit de vie commence à la manière de George Pérec dans W ou le souvenir d'enfance qui clamait n'avoir "aucun souvenir d'enfance" bien qu'il entrepenait d'écrire son autobiographie. Ainsi Frédéric Beigbeder affirme-t-il : "Mon seul espoir, en entamant ce plongeon, est que l'écriture ravive la mémoire. La littérature se souvient de ce que nous avons oublié : écrire c'est lire en soi. L'écriture ranime le souvenir, on peut écrire comme l'on exhume un cadavre. Tout écrivain est un "ghostbuster" : un chasseur de fantômes." L'auteur, conscient de la difficulté de l'écriture autobiographique, ne prétend pas retranscrire les événements dans leur pure vérité : certains sont embellis, d'autres omis. Qu'importe, Beigbeder cherche ici à se libérer de cette enfance disparue dans les méandres de sa mémoire. L'écriture devient un besoin.

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L'évolution du romancier, dont l'aboutissement est ce Roman français, est flagrante lorsque l'on a lu ces autres livres. Ce monde d'apparences et de mondanité dont il est coutumier, et qui a fait l'objet d'un certain nombre de ces romans, est pris avec beaucoup de recul ici. "(...) jusqu'à présent j'ai décrit un homme que je ne suis pas, celui que j'aurais aimé être, le séducteur arrogant qui faisait fantasmer le BCBG coincé en moi. Je croyais que la sincérité était ennuyeuse. C'est la première fois que j'ai essayé de libérer quelqu'un de beaucoup plus vérouillé." Beigbeder apparaît sincère et, grâce à son écriture sensible, change complètement de style. Il passe d'une écriture choquante et provocante à un style d'une pudeur et d'une humilité qui le métamorphosent.

Un Roman français : l'apprentissage d'un homme et d'un écrivain à la fois.

Caro