29 juin 2009
Paris-Brest de Tanguy Viel
Résumé
Il est évident que la fortune pour le moins tardive de ma grand-mère a joué un rôle important dans cette histoire. Sans tout cet argent, mes parents ne seraient jamais revenus s'installer dans le Finistère. Et moi-même sans doute, je n'aurais jamais quitté Brest pour habiter Paris. Mais le vrai problème est encore ailleurs, quand il a fallu revenir des années plus tard et faire le trajet dans l'autre sens, de Paris vers Brest.
Mon avis
Son "roman familial" est un vrai plaisir de lecture !
Ce récit original et rythmé nous tient en haleine et nous offre un agréable moment de littérature. Le ton singulier, les portraits étayés des membres de la famille, la mise en abîme, la forme dynamique et l'ambiance sont autant d'atouts à ce petit roman vif et entraînant.
Ingrid
27 juin 2009
La confusion des sentiments de Stefan ZWEIG
C’est un véritable petit joyau de la littérature comme Stefan ZWEIG nous y a habituées. A l’âge de 60 ans, un professeur d’Université se voit remettre par ses élèves et ses collègues une biographie composée de l’ensemble des articles rédigés pendant toute sa carrière. Mais, en réalité, il manque à cet ouvrage une rencontre réalisée pendant sa jeunesse et qui marquera toute sa vie. Ce livre est dédié à cette partie de sa vie, son installation dans une université de Berlin pour apprendre l’anglais et puis son transfert dans une université de banlieue en Allemagne centrale. Hébergé chez un couple, il va rapidement découvrir que Monsieur est enseignant, il partagera avec lui des moments d’une très grande complicité. C’est évidemment écrit dans un niveau de français que l’on aimerait toutes maîtrisées, c’est une petite merveille avec du vocabulaire à n‘en plus finir. Décrire les sentiments est le point fort de cet auteur qui réussit avec brio à nous faire ressentir les choses au travers de ses personnages y compris lors de leurs silences. Outre la forme, j’aime beaucoup l’ambiance, l’atmosphère des livres de Stefan ZWEIG, j’aime par-dessus tout cette montée en pression du suspens au gré des pages, il tient le lecteur en haleine jusqu’au dénouement des dernières pages d’une manière absolument remarquable. Stefan ZWEIG accorde une place de choix au secret dans la vie de ces hommes - et, vous l’aurez compris, puisqu’il s’agit d’un secret, je ne peux bien évidemment pas vous le dévoiler dans ces quelques lignes !!! A LIRE ABSOLUMENT Annie
Un don de Toni Morrison
L'histoire prend place à la fin du XIIè siècle : à cette époque, les colonies d' Amérique sont à peine nées, l'esclavage des Noirs venus d' Afrique est un fait nouveau et n'est pas encore la pierre angulaire de l'économie américaine. Dans ce nouveau monde, des Européens ont bâti des propriétés isolées au milieu des régions sauvages où la maladie et la mort sont une menace de chaque instant, où tous, à l'exception des Indiens, viennent d'ailleurs. Dans une petite ferme du Maryland, vit Jacob Vaark, un fermier et négociant anglo-néerlandais marié à Rebekka. Cette jeune Anglaise est l'aînée de sa famille. Ses parents, peu soucieux de son sort ont décidé de répondre à l'annonce de Jacob qui recherchait 'une femme en bonne santé, chaste et désireuse de voyager'. Quand on propose à Jacob de prendre à son service la très jeune Florens, en compensation d'un retard de paiement, il y voit la possibilité d'alléger la peine de sa femme dont aucun enfant n'a survécu. Florens est immédiatement prise en charge par Lina, une esclave indienne dont la tribu a été décimée par une épidémie. Cette dernière dirige la maisonnée avec Rebekka, menant la vie dure à l'autre esclave du couple, Sorrow la bien nommée, unique rescapée d'un bateau attaqué par des pirates. Florens n'a jamais compris pourquoi sa mère avait cherché à se séparer d'elle.
Toni Morrison nous offre un récit ambitieux à la fois lyrique et poétique sur les fondements de la nation américaine. La narration déconstruite et les histoires entremêlées des différents personnages nécessitent une attention particulière mais donnent à ce roman une richesse littéraire indéniable. Le récit de Florens à la première personne nous émeut par son intensité et nous suivons sa quête jusqu'aux dernières lignes.
Toni Morrison parle de servitude, de féminité, d'amour, d'identité, d'individualisme ... le tout avec une imagerie et une langue empreintes de symbolisme.
Ingrid
26 juin 2009
Le magasin des suicides de JEAN TEULE
"Vous avez râté votre vie, avec nous vous réussirez votre mort"
"Ce sera votre dernière dépense, on ne meurt qu'une fois alors autant que ce soit un moment inoubliable"
Voilà le ton est donné.
Imaginez un magasin où de génération en génération, on vend tous les ingrédients possibles pour se suicider. C'est une petite entreprise familiale, cinq personnes composent cette famille atypique :
-les parents de vrais commerçants pros pour qui la règle d'or est "ne jamais dire aurevoir mais adieu"
-le fils ainé dépressif chronique,
-la soeur, l'ado mal dans sa peau,
-le petit dernier qui, lui voit tout en rose, l'éternel optimiste, un gros problème quand on vend la mort....
C'est ce petit bonhomme, guérisseur des angoisses humaines, qui va chambouler toutes les habitudes si bien rôdées.
J'ai passé un bon moment , j'ai ri, c'est un livre qui se lit vite. De l'humour noir à prendre au second degré.
Un sujet tabou de notre société occidentale porté en dérision....
Elise
La route de Tassiga de Antoine PIAZZA
Livre sélectionné dans le cadre du prix 2009 des lecteurs Angevins, des Inter-CE, et des Lycéens
Résumé : En 1980, le narrateur est engagé, dans le cadre du service national, comme instituteur par une grande entreprise de travaux publics. Il est envoyé à Tassiga, une petite ville africaine perdue dans la brousse où la Compagnie est chargée de construire une route de 160 kilomètres, financée par la Banque mondiale. L’encadrement et les ouvriers spécialisés sont des expatriés, venus pour la plupart avec leurs familles. Ils se sont souvent croisés sur d’autres chantiers, en France ou à l’étranger, partagent des souvenirs communs mais aussi des rivalités professionnelles, des histoires de femme. Tassiga est une cage étouffante, avec son air brûlant, ses blattes énormes, ses nuits noires… Le narrateur est le seul à ne pas être « un homme des TP ». On le loge à la maison des célibataires, avec d’autres comme lui, alors que la Compagnie a loué pour les familles les plus belles villas du quartier européen, organise leur ravitaillement et la scolarité des enfants. Son statut particulier en fait un témoin acéré de cette communauté blanche, de la transformation de Tassiga par la présence des Français, de l’ennui des femmes, des samedis soir avinés. Mon avis : J’ai bien aimé ce livre qui m’a notamment permis d’apprendre à connaître la hiérarchie des T.P. (travaux publics), un peu à l’image d’une ruche, chacun y a son rôle, son grade, avec la reine (lire ici le Directeur du Chantier) qui décide du rythme du travail en fonction de ses objectifs à lui ; véritable despote, les employés craignent ses changements d‘humeur. Antoine PIAZZA décrit parfaitement le choc des cultures entre les expatriés français et les Nigériens, la naïveté des premiers générant des dégâts majeurs sur la vie des seconds. L’auteur est connu pour ses immersions, et j’ai apprécié la mise en valeur de ces peuples de la nature notamment dans le cadre de ce passage, ils sont habitués à trouver des solutions techniques avec ce qu’ils ont à leur disposition, eux qui ne bénéficient pas des progrès techniques : « Aussi, demanda-t-il à ses mécanos de réparer désormais tous les véhicules avec les moyens du bord et si les expatriés… firent du bon boulot, les mécanos locaux firent des prodiges. Eux seuls savaient remplacer une courroie défaillante par une corde, une Durit par une pièce découpée dans un vieux pneu ». Et puis, il y aura la fin de ce chantier pharaonique avec ses 160 kilomètres de goudron et le retour des hommes auprès de Dame Nature, je vous livre un autre passage qui, me semble-t-il, représente bien les 2 modes de vie de ces hommes : « Pendant des mois, les hommes avaient poussé devant eux une route qui les éloignait de leur village, ils avaient subi la tyrannie médiocre de Français fatigués et craintifs ou celle d’un camarade à qui on avait donné une paie supérieure à la leur. Pour eux, le chantier était désormais une plaie bien refermée, une couture en travers de la brousse. Ce n’étaient plus les hommes qui gouvernaient leur vie mais les saisons, les pluies violentes et capricieuses… ». Vous l'aurez compris, ce monde appartient aux hommes, et là peu importent leurs origines, ils se côtoient, travaillent ensemble, les femmes n'ayant qu'une toute petite place. Mais, reconnaissons-le, le monde des T.P. reste encore aujourd'hui "leur" domaine d'activité. Annie
25 juin 2009
Amerikka de Cherien DABIS
Avec Nisreen Faour, Hiam Abbass, Melkar Muallem
Année de production : 2009
Film canadien, kowetien, américain.
Genre : Comédie dramatique
Synopsis
Mouna, divorcée et mère d'un adolescent, est une femme palestinienne enthousiaste et optimiste. Au coeur des territoires occupés, le quotidien est pourtant éprouvant et l'horizon morose. Et puis un jour, quitter cette vie et aller travailler aux Etats-Unis devient possible : étrangère en son pays, Mouna peut bien l'être ailleurs. Elle part alors avec son fils Fadi rejoindre sa soeur installée depuis 15 ans au fin fond de l'Illinois.
Après le réconfort des retrouvailles, Mouna et Fadi vont devoir trouver leur place dans cette "Amreeka" tant rêvée. Mais les Etats-Unis, partis en guerre contre le "diable" Saddam, ont une bien étrange conception de l'hospitalité. Il en faudra davantage pour freiner Mouna dans sa quête d'une vie meilleure...
Mon avis
Ce film est très beau, émouvant, touchant, mais aussi traité avec simplicité, humanité. Il montre, s’il en était nécessaire, que les minorités sont souvent synonymes d’opprimés. Ces 2 femmes sont palestiniennes chrétiennes, elles n’ont leur place nulle part, pas assez musulmanes pour une Palestine qui se radicalise, bien trop arabes pour les Etats-Unis (Illinois).
Ce film alterne les situations drôles, pleines d’humour, avec d’autres beaucoup plus graves, à l’image des 2 actrices qui se partagent les rôles principaux. Mouna, pleine de vie, dispose d’une capacité d’adaptation assez remarquable et trouve une solution à chaque situation.. Sa sœur, au contraire, très attachée aux valeurs traditionnelles, à sa terre natale, porte un regard grave sur chaque écart, chaque fait, chaque agression. Nous l’avions déjà remarquée dans ce type de rôle dans le film « les citronniers » de Eran Riklis qui lui va à ravir. C’est aussi un film qui met en évidence le chocs des cultures, l’exil, la perte des racines et la difficulté d'intégration. C’est enfin un film qui montre les relations mère/fils sous l’angle de la complicité.
J’ai beaucoup aimé
Annie
24 juin 2009
Marguerite, Françoise et moi de Danièle SAINT-BOIS
J'ai pu découvrir ce livre dans le cadre de l'opération MASSE CRITIQUE organisée par Babelio
Résumé du livre Déçue par le peu d'écho rencontré par ses - que notre héroïne puisera la force de résister au marasme. Pour finir par reprendre le chemin de l'écriture.
Mon avis
La narratrice n’est autre que cette femme écrivain qui trace un portrait particulièrement caustique de la société au travers des clients rencontrés, l’espace de quelques minutes, au gré de la vente d’une baguette, un croissant, voire un bonbon. Les échanges à répétition autour de la grossesse de Patricia, la patronne, et puis de la naissance du petit Byron, sont particulièrement agaçants et je ne suis pas bien sûre que notre auteure puisse trouver dans cet environnement un véritable réconfort… Je n’ai pas aimé toutes ces évocations du Président de la République dont elle dit qu’il est omniprésent dans les médias et à qui elle fait finalement dans ce livre encore beaucoup de place. J’ai par contre apprécié les descriptions de la boulangerie, on en entendrait presque craquer la croûte encore chaude des baguettes ! Et même si les relations entretenues avec les clients ne resplendissent pas d‘intérêt, cet univers de gourmandises est tout à fait séduisant. J’ai beaucoup aimé la relation entretenue avec Patricia, tantôt la patronne joue son rôle et l’exaspère en déplaçant les croissants de quelques centimètres, tantôt elle partage avec la narratrice des moments de complicité exceptionnels en partageant des fous rires à n’en plus finir. C’est ça les relations humaines, me semble-t-il. Enfin, j’ai été totalement séduite par l’apport de la lecture dans cette traversée du désert. Après le dégoût le plus total, elle va finalement « rechuter » pour enfin vivre de réels moments de bonheur à la découverte des œuvres de Françoise SAGAN et Marguerite YOURCENAR. Elle m’a d’ailleurs donné envie de lire ou relire un certain nombre de livres de ces 2 auteures. Pour moi, la lecture, c’est finalement ça, un livre peut en cacher un autre et permettre une transition aisée entre deux univers, il suffit au lecteur de se laisser porter par l’envie, la curiosité… et bien, avec ce roman, l’objectif est atteint !
Annie
23 juin 2009
L'enfant de Kaboul
Réalisé par
Avec
Valery Schatz, Amélie Glenn Synopsis Dans l'immense tohu-bohu de Kaboul, un chauffeur de taxi, Khaled, prend en charge une femme et un bébé. Quand la cliente voilée quitte la voiture, surprise : le bébé est là, abandonné sur le siège arrière. Le film raconte trois jours de leur histoire, de ce destin qui a mis entre les mains de Khaled une jeune vie inconnue, dont il veut d'abord se débarrasser et dont il se sentira de plus en plus responsable. Mon avis C’est un film émouvant qui trace les contours de la vie quotidienne d’aujourd’hui en Afghanistan. J’ai apprécié la musique du film, les paysages et les scènes de la vie familiale. On retrouve la place des femmes, soit couverte d’une burqa, soit confinée dans leur maison à s’occuper des enfants et à préparer le repas de leur famille composée de 3 générations. Ce qui m’a interpellée, c’est plus la place que prend cet enfant auprès du père, cet enfant particulier alors que ses propres enfants sont finalement l’affaire de leur mère et ne suscitent qu’une simple caresse dans les cheveux à l’arrivée du travail ou au départ du père. Malheureusement, il n’est déjà plus à l’affiche ! Annie
22 juin 2009
Bienvenue à notre nouvelle lectrice
Et bien, notre dernière séance du Club Lecture nous a permis de faire connaissance avec une nouvelle lectrice
CLAUDIE
Souhaitons lui la bienvenue !
Sa première présentation nous a enthousiasmées, et ce n'est qu'une première, nous en sommes persuadées.
A bientôt donc pour de nouvelles découvertes de références littéraires.
Annie
21 juin 2009
Au zénith de Duong Thu Huong
Au terme de sa vie un président d’un pays en guerre (on devine qu’il s’agit de Ho Chi Min), artisan d’une révolution communiste, s’interroge sur le sens de son action politique et sur les sacrifices qu’il a dû accepter dans sa vie familiale, abandonnant sa liberté, l’amour, la famille.
Sa jeune épouse fut assassinée, ses enfants confiés à des familles de substitution. Vivant reclus, assigné à résidence par le régime, il entreprend alors une introspection et laisse monter enfin les regrets, jusqu’à se laisser gagner par le désespoir du vide laissé par cette absence de bonheur. Il était le père de la nation. A ce titre, les membres du parti tout puissant, ne pouvaient lui accorder une vie familiale. Sa vie devait être consacrée au peuple.
Il pose un regard lucide sur la désillusion d’un idéal révolutionnaire dévoyé dont il fut le chef d’orchestre, et le héros.
Parallèlement à ce récit, l’auteure nous fait partager la vie de trois personnages qui vont se juxtaposer et composer une histoire chorale d’une grande force narrative.
La vie de Vu, le fidèle ami du Président, qui a recueilli son fils. Ce dernier très lucide sur le fonctionnement du régime communiste complète l’analyse politique.
Puis nous partageons la vie d’un bûcheron veuf qui décide de partager sa maison avec une jeune femme beaucoup plus jeune que lui. L’importance des liens familiaux et de la place du patriarche accentue l’échec et le sentiment de vacuité de la vie personnelle du Président.
Et enfin , le beau frère de la jeune épouse assassinée, qui ne survit que pour se venger de la souffrance insoutenable qu’il a affrontée en perdant toute sa famille.
Ces différents histoires nous permettront une nouvelle fois un voyage au cœur des traditions de ce Vietnam qui coule dans les veines de l’auteure et dans chaque description.
La rudesse des paysans des montagnes, le culte des morts et les traditions qui demeurent pour honorer les défunts. La vie des citadins, des militaires … de tout un peuple qui subit un régime qui devait supprimer les privilèges au nom d’un idéal, qui vit sous les diktats du parti unique.
Les descriptions sont à couper le souffle. On respire l’air saturé d’humidité, les nuages épais qui passent et rendent l’atmosphère ouatée, presque angoissante à certains moments tant les états d’âmes décrits sont forts et touchent à l’essence même du sens de la vie et de l’existence.
Ce livre est un d’une force incroyable, Duong Thu Huong excelle dans l’analyse psychologique de ses héros. Les tourments de l’âme et la rudesse des épreuves sont décrits sous forme de métaphores envoûtantes.
Ce livre est sans conteste le plus fort qu’elle ait écrit, il est aussi très politique. Elle est interdite de séjour dans son pays et lorsque l’on a la chance de la rencontrer, on mesure la force qui l’anime pour défendre la liberté qu’elle souhaite pour son pays. Il émane de sa personne une simplicité et un sens aigu de la vie que l’exil accentue.
Anne







