"Une vraie rencontre, une rencontre décisive, c'est quelque chose qui ressemble au destin." Tahar Ben Jelloun

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Vous l'aurez toutes compris, bien sûr, ce livre est avant tout une rencontre, de celles qui restent gravées en nous toute notre vie, de celles qui changent le cours de nos destinées. Cette rencontre est celle de deux êtres atypiques : il y a d'abord Germain, le narrateur, "un type qui n'avait jamais lu un bouquin de sa vie avant d'avoir quarante-cinq piges",  "un pauvre mec, même pas capable d'aligner trois mots convenables sans dire une chiée de mots vulgaires", un peu pommé, qui n'a pas la langue dans sa poche et n'a rien d'autre à offrir que ses figurines en bois, sculptées avec son Opinel volé alors qu'il n'avait qu'une dizaine d'années. Il habite une caravane dans le fond du jardin de sa mère, qui d'ailleurs devient folle et se met à parler au tuyau d'arrosage. Un jour, alors qu'il se balade dans un parc pour compter les pigeons, il tombe sur "une petite vieille qui était du genre à leur jeter du pain pour les faire venir". Cette "petite vieille", c'est Margeritte, passionnée des mots et de lecture et  qui, elle aussi, compte les pigeons. Elle va lui faire découvrir les romans (et parmi eux, Le vieil homme qui lisait des romans d'amour de Sepulveda), et ainsi le mystère des mots et des univers qu'ils cachent.
Ces deux-là n'ont rien en commun et pourtant naît entre eux deux une véritable amitié qui se tisse au fil de leurs rencontres dans le parc. C'est aussi un roman d'apprentissage : malgré ses quarante-cinq ans, Germain s'est toujours contenté d'exister sans se poser de questions, sans réfléchir au pourquoi du comment de ses actes. C'est cela que Margeritte va lui apporter, en plus d'une nouvelle vision de la vie et du plaisir de lire : "Quand je suis avec elle, je ne pense jamais au vide qui reste à remplir dans ma tête, mais juste au plein que je lui dois déjà."

Ce roman est un pur délice, tendre et cru à la fois, à l'écriture spontanée. Le narrateur, Germain, nous apparaît bourru au début, mais se révèle  au  fil du récit, à nous autant qu'à lui-même ; nous sommes les témoins de sa métamorphose, d'une chenille éclot un papillon, à la pensée libre, imagée, et plus profonde qu'elle n'en a l'air. Cette rencontre est une deuxième naissance pour Germain, et donne à Margeritte le petit fils qu'elle a toujours rêvé d'avoir.

Enfin, je vous laisse avec les mots de Germain : "C'est pas parce qu'on est inculte qu'on n'est pas cultivable. Il suffit de tomber sur un bon jardinier."

Caro