Brodeck est de retour des camps de concentration, il croise sur son chemin un vieil homme chez qui il sera hébergé quelques jours...


    Le vieil homme, à qui j'avais dit la veille que je comptais continuer ma route, m'attendait sur le seuil. Il me donna un sac à bretelles, en drap gris et courroies de cuir. Il contenait deux grosses miches de pain, une bande de lard, un saucisson, ainsi que des vêtements.
    "Prenez les, me dit-il, c'est juste à votre taille. Ils étaient à mon fils, mais il ne reviendra plus. C'est sans doute mieux comme ça."
    Il me sembla soudain que le sac que je venais de saisir était d'un poids considérable. Le vieil homme me tendit la main.
    "Bonne route, Brodeck."
    Pour la première fois, sa voix tremblait. Je saisis sa main, une main sèche et froide, à la peau tavelée qui se fripa dans ma paume. Elle tremblait elle aussi.
    "S'il vous plaît, ajouta-t-il, pardonnez-lui... pardonnez-leur...", et sa voix mourut dans ce murmure.

Caro